Kashubian Language in Canada

By: David Shulist

The Kashubian language was introduced to Canada in 1858 when Kashubs from Kashubia Europe immigrated to the Renfrew County in Ontario. Kashubia in Europe, their home and native land at the time was under Prussian German rule. They first settled on the Opeongo Colonization Road and later built the communities of Wilno, Barry’s Bay and Round Lake Centre. The Kashubs came to Canada for free land which was offered by the government at the time. This was before the Country of Canada was born.

The word “Kashub” defines the people, they are a Slavic people from a Slavic tribe called the Kashubs. The Kashubs are Slavic and they are European. The word “Kashubian” defines their national identity and their native language. The Kashub people speak Kashubian as their native language. The word “Kashubia” is the name of their native land or sometimes referred as their fatherland. In their native language, the word Kashub is “Kaszëbi” and the word Kashubian is “Kaszëbsczi” and the word Kashubia is “Kaszëbë”.

The Kashubian language is in the West Slavic Language Family along with the Czech, Slovak, Polish and Sorbian languages. The Kashubian language is still spoken in Canada’s First Kashubian communities around the villages of Wilno, Barry’s Bay and Round Lake Centre. The language is still spoken by fourth and fifth generation Kashubian Canadians. Here is a sample of some of the Kashubian language spoken in Canada’s Kashubian communities.

Kashubian language

Examples provided by David Shulist

If you are interested in learning more about the Kashubian language in Canada, please feel free to contact David Shulist at johnnykashub@kashub.com


The opinions expressed in posts published on the blog are solely those of the author and do not necessarily reflect the views of the Canadian Language Museum.
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La Tavola est devenue canadienne

Cette semaine nous allons discuter avec Caroline di Cocco de ses aventures pour préserver l’histoire, la langue et la culture de gens qui représentent l’un des plus grands groupes d’immigrés au Canada : les Italo-canadiens.

Les Italiens représentent un large pan de l’histoire de l’immigration canadienne. Lors du recensement de 2011, 1,5 millions de Canadiens, soit 4,6% de la population totale, ont déclaré avoir un héritage, au moins partiel, italien. Les Italiens qui sont venus, et continuent de venir au Canada, avec leur langue (ou plutôt leurs langues comme on le verra plus tard), font maintenant intégralement partie du paysage linguistique canadien. C’est le travail de Caroline di Cocco et d’autres gens à travers le Canada, que de préserver les histoires, les expériences et la langue de ces gens. Pas seulement pour leurs descendants mais pour tous les Canadiens.

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[En faisant du vin à la main]

MI: Qu’est-ce qui vous a amenée à vous impliquer dans ce travail de documentation de l’héritage des Italiens au Canada ?

CdC : J’ai commencé à récolter de la documentation pour l’histoire de La Présence italo-canadienne au milieu des années 80. J’avais essayé de trouver des éléments historiques indiquant la présence italienne dans la région de Sarnia en Ontario. En regardant les écrits sur l’histoire de la ville, la chose la plus proche du sujet que j’ai pu trouver est qu’il y a eu une augmentation de la population italienne dans les années 50 à cause de l’augmentation du nombre de raffineries. Je me suis mise à suivre les pistes suivantes : comment la présence italo-canadienne a-t-elle changé la communauté de Sarnia-Lambton, et comment les Italiens ont-ils, eux, changé en se créant un nouveau foyer et une nouvelle vie dans cette région ? J’ai eu la profonde impression que si on ne prenait pas la responsabilité de faire des recherches et de créer des archives sur les histoires qui constituent la présence italo-canadienne, ces histoires seraient perdues à jamais pour les générations futures.

MI: Racontez-nous l’histoire de l’immigration italienne. Quand les Italiens sont-ils venus au Canada ?

CdC : L’histoire de l’immigration italienne comporte beaucoup de complexités qui pourraient remplir des volumes de livres. Pour vous répondre simplement, je peux évoquer brièvement deux aspects. Ces histoires se sont construites sur des luttes, des sacrifices, la survie, la débrouille, le travail, l’adaptation et le succès ; et elles ont aussi débouché sur la création d’une identité unique et différente de celle des Italiens d’Italie. Tout cela s’est créé parce que les Italiens se sont accrochés à leur propre identité et à leurs valeurs tout en recréant en même temps cette identité dans le contexte canadien. L’histoire de l’immigration à Sarnia Lambton a été mise à l’écrit dans un livre One by one… Passo dopo passo. Dans l’introduction, la docteure Gabriele Scardellato a écrit : « à partir de la fin des années 1870 jusqu’au début des années 1980 un total d’environ 630 000 Italiens ont immigré au Canada. » Dans notre recherche sur la région nous avons trouvé des preuves de la présence d’un certain Charles Ribighini en 1870 qui était venu pour travailler dans les gisements de pétrole dans la région de Petrolia. [Il se peut que ce Ch. Ribighini soit le tout premier Italien à être venu au Canada bien que personne ne puisse jamais en être sûr à 100%.]

De nombreuses versions de cette histoire et de ces aventures se retrouvent éparpillées partout à travers le pays et dans des collections privées. Ces histoires d’Italo-Canadiens, qu’on a recueillies, sont fragmentées et beaucoup sont cachées du public. On a besoin de faire plus de recherches parce que les collections et les histoires personnelles se retrouvent perdues ou oubliées génération après génération.

Afin de préserver ces histoires, de les rendre accessibles au public mais aussi de documenter celles qui doivent encore être racontées, on a fondé le Projet d’Archives Italo-Canadien (ICAP) [https://icap.ca/?lang=fr].

MI: De quoi s’agit-il? Parlez-nous de ce projet.

CdC : Le Projet d’Archives Italo-Canadien (ICAP) est une organisation à but non lucratif et une S.A., qui a pour but de promouvoir et d’organiser une stratégie nationale pour recueillir, préserver et rendre accessible les informations sur les expériences italo-canadiennes à travers le pays. À cette fin, l’ICAP a créé à travers tout le Canada un réseau de chercheurs, établis et émergents, qui travaillent dans le domaine des études italo-canadiennes afin de collaborer, de s’associer et de se connecter avec d’autres individus, groupes, organisations et institutions partout dans le pays, tous ceux qui s’intéressent à l’expérience italo-canadienne. Grace à ce réseau, l’ICAP travaille à encourager et à soutenir des activités qui cherchent à préserver et à fournir un accès à la documentation sur l’expérience italo-canadienne.

MI: Pourquoi est-il important de préserver l’italien que parlent les immigrants et leurs descendants au Canada ?

CdC : Je crois que l’identité de notre héritage est directement liée à cette langue en particulier. En comprenant et en parlant la langue de notre héritage, on crée une connexion plus forte avec la culture et on est capable d’engager le dialogue avec d’autres gens au sein de la communauté, ce qui en retour nous donne l’impression de faire partie de cet héritage.

MI: Comment les Archives utilisent-elles les informations qu’elles récoltent pour créer et renforcer cette connexion ?

CdC : L’ICAP ne récolte pas directement les informations mais il facilite la préservation des collections. Il le fait grâce à son réseau national d’experts qui aident à identifier des collections qui risquent d’être perdues, et qui aident aussi à rediriger ces collections vers des services d’archives telles que le Musée canadien de l’histoire, ou vers des archives locales. Partout au Canada les membres de l’ICAP aident à rassembler les communautés italo-canadiennes pour qu’elles engagent la conversation pour parler de leurs histoires, et aussi pour encourager les communautés locales à collecter, préserver et rendre accessibles leur histoire. Nous encourageons les gens à partager leurs histoires parce qu’elles représentent une partie importante de l’histoire du Canada. Nous les aidons, avec des experts, à trouver un moyen de préserver leur histoire. Nous offrons des ateliers et nous essayons de mettre en contact des communautés qui ont les mêmes idées pour effectuer ce genre de travail. Enfin, nous offrons du soutien et des conseils pour s’assurer que toute documentation est préservée que ce soit dans des archives locales, provinciales, universitaires ou nationales.

En gardant ces documents, histoires et artefacts dans les archives, nous nous assurons qu’ils sont gérés et catalogués professionnellement et, au fil du temps, numérisés et rendus accessibles à tous les Canadiens.

MI: Pourquoi est-il important d’enregistrer les voix et les histoires des immigrants italiens et de leurs familles ?

CdC : Les voix et les histoires des immigrants italiens nous parlent d’expériences, de changements radicaux dans la vie des gens et de comment leurs vies ont eu un impact sur les communautés dans lesquelles ils se sont installés. Ces histoires sont celles de gens qui, pour la plupart, viennent de milieux très modestes. Les histoires sont importantes à de nombreux égards et je crois qu’il est de notre responsabilité de nous assurer que les générations futures puissent aussi les entendre. Si nous ne documentons pas notre histoire, alors qui le fera ? Après tout, ça nous aide à mieux nous comprendre nous-mêmes et aussi à comprendre comment nous nous intégrons dans le tissu social canadien.

MI: Comment culture et langue sont-elles liées?

CdC : Culture et langue sont intrinsèquement liées l’une à l’autre. L’identité culturelle est enracinée dans la langue à de nombreux égards. Prenez par exemple la relation qu’ont les Italiens à la nourriture. Quand une table est considérée sous sa simple forme physique, le nom est de genre neutre ‘il tavolo’. Mais quand la table est mise pour recevoir des invités à diner, ou bien même quand elle est préparée pour un repas familial, il ne s’agit plus d’un simple objet physique et objectif et le genre féminin est alors utilisé : on dit ‘ la tavola’.

MI: Qu’est-ce que les expériences des immigrants italiens nous disent sur la langue et l’immigration plus généralement ?

CdC : Les histoires et les expériences nous disent que, bien que les gens s’adaptent à une vie dans un nouveau pays, qu’ils s’y habituent, qu’ils la reconstruisent, leur identité reste intrinsèquement connectée à leur langue et à leur lieu d’origine. La formation de leurs valeurs et de leur façon de penser se trouve en majeure partie connectée à leurs racines. Leur comportement est de nombreuses manières façonnée par le lieu d’origine et est lié de près à leur héritage. En gros, je vois que la vie quotidienne des immigrants, bien qu’ils soient maintenant à tous égards canadiens, est pleine d’habitudes et de façons de vivre qui sont étroitement liées à leur héritage ethnique et historique. [Par exemple, ma grand-mère fait toujours du pain frais le matin à l’âge de 78 et ce, presque tous les jours. Elle a des amis qui connaissent des lieux ‘secrets’ où ils récoltent des asperges sauvages et des champignons chaque année, et qui transmettent le nom de ces lieux à leurs enfants. La pleine lune d’octobre est toujours utilisée comme repère pour dire quand le vin pressé dans les garages doit être mis en bouteille ou rangé dans les casiers.]

MI: Vous avez publié un livre sur l’histoire des Italiens dans la ville de Sarnia (il se trouve que c’est justement aussi ma ville natale). Quelle a été l’expérience et l’histoire des Italiens du sud-est de l’Ontario et est-ce qu’elles diffèrent de celles ailleurs au Canada ?

CdC : Je trouve qu’il y a beaucoup de similarités mais aussi des différences significatives. Les histoires ont un thème commun quel que soit l’endroit où les Italiens se sont établis, pas seulement au Canada mais partout dans le monde. Pour la plupart, une forte éthique de travail et des unités familiales proches sont les valeurs communes où que vous alliez.

J’ai observé que dans les villes les plus petites, les Italiens semblent s’être intégrés plus rapidement au sein de la communauté canadienne bien qu’ils continuent à maintenir une fierté de leur héritage. Dans les petits centres urbains, les personnes d’origine italienne s’identifient soit comme italo-canadiens ou simplement comme Canadiens d’origine italienne. Dans les grands centres urbains où le nombre d’Italiens est de l’ordre de centaines de milliers, comme à Toronto, ils ont créé des « Petites Italies » et il semble qu’ils restent davantage connectés à leur lieu d’origine. À partir de mes conversations avec de nombreux groupes et personnes, il semble qu’ils s’identifient plus avec l’Italie.

Lorsque dans la conversation on en arrive à parler de l’histoire italo-canadienne, je trouve que dans les petites villes les gens se focalisent sur leur parcours pour venir ici au Canada tandis que dans les grandes villes il s’agit plutôt de ce que ça signifie d’être italien.

MI: Y a-t-il des différences entre l’italien parlé à Sarnia, à Windsor, à Toronto ou ailleurs au Canada ? Pourquoi à votre avis ?

CdC : À cause de ‘l’immigration en chaîne’ [qui permet à un immigrant, une fois la citoyenneté ou la résidence permanente acquise, de sponsoriser ou d’amener la famille étendue à les rejoindre dans leur nouveau pays], les gens d’une même ville ou région d’Italie s’installent dans les mêmes lieux au Canada. Du fait que la plupart des gens qui ont émigré étaient très peu éduqués, ils ne parlaient pas l’italien standard mais leur dialecte particulier, qui est souvent une langue très différente. Par exemple si le groupe vient de Sicile, les gens parlent sicilien. Pour quelqu’un comme moi, originaire du centre de l’Italie, le sicilien est une langue étrangère.

Il existe beaucoup de dialectes différents provenant tous d’Italie. Ces dialectes sont tous labélisés italiens ; néanmoins ils sont distincts les uns des autres. En fonction de l’endroit où un groupe spécifique d’immigrants italiens s’est installé, on verra un dialecte commun. Par exemple, la majorité des Italiens à s’être installés à Sarnia viennent d’une région du sud du Latium, connue sous le nom de Ciociarie ; vous entendrez donc parler ce dialecte. À Toronto le plus grand nombre des immigrants viennent de Calabre, beaucoup de Sicile, certains de Frioul, des Abruzzes, du Molise, tandis qu’un nombre beaucoup plus petit vient du sud du Latium. Non seulement vous avez différents ‘italiens’ parlés d’une ville à l’autre mais vous avez aussi une grande variation dans les villes mêmes.

C’est seulement ces 20 dernières années peut-être, à cause de l’éducation de masse, que la plupart des gens parlent l’italien ‘standard’ en Italie et que malheureusement les dialectes se perdent.

MI: Avez-vous l’impression que l’expérience ‘d’être italien’ au Canada a changé au cours des 50 dernières années ?

CdC : Oui je pense que ça a changé. On est passé d’une ‘italianité’ dotée au départ d’une vision négative ou péjorative à un état de ‘c’est dans le vent’ aujourd’hui. L’expérience a changé parce que les Italiens ont gagné le respect des autres Canadiens au fil du temps. Au fur et à mesure que les Canadiens interagissaient avec les Italiens, ils étaient de moins en moins suspicieux à leur égard. Cette compréhension les a menés à apprécier les valeurs italiennes du dur labeur, de la famille, de la bonne nourriture, ainsi de suite et, bien sûr, cela a marché dans le sens inverse aussi puisque les Italiens se sont intégrés de plus en plus dans la société canadienne.

Malheureusement, cette acceptation a mené à la perception que la langue italienne n’est pas nécessaire et donc à un désintérêt pour l’apprentissage de l’italien. Il y a de moins en moins d’Italo-canadiens aujourd’hui qui parlent italien.

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[Mes grandparents, Rita et Cataldo, et mon oncle et père, Frank et John]

Il existe l’expression « canadien à trait d’union ». Cette expression représente l’idée que beaucoup de Canadiens ne s’identifient pas simplement à l’identité canadienne. Si vous posez la question à beaucoup de Canadiens, dont beaucoup dans ma propre famille, ils ne diront pas qu’ils sont canadiens, mais plutôt qu’ils sont « X-canadiens ». Par exemple, ils se considèrent peut-être « italo-canadiens » ou peut-être même seulement « italiens » (la partie canadienne étant présupposée).

Seulement très peu de Canadiens, s’ils veulent bien remonter deux ou trois générations en arrière, trouveront que leurs ancêtres vivaient au Canada. Nous sommes une nation faite de nationalités différentes. Les Canadiens, ce sont les Premières Nations, les Inuits, les Métis mais aussi des Somaliens des Ukrainiens, et des Thaïlandais. Ces héritages nous façonnent individuellement et aussi en tant que nation. Être italien n’est pas quelque chose dont j’ai besoin dans la vie quotidienne mais ça m’aide à me sentir plus en adéquation avec mon passé.

En fait je me considère tout simplement canadien ; je n’utilise pas de trait d’union mais ma famille est faite d’Italiens et de Néerlandais et ça, ça fait partie de ma réalité en tant que Canadien. Ce que ça signifie d’être canadien est aussi divers que les nationalités, les gens et les langues qui font notre pays ; ça, c’est l’une des choses que je préfère quant au fait d’être canadien.

Et parce que ce serait irresponsable, même une abnégation de mon devoir, de ne pas vous fournir de délicieuses recettes italiennes, en voilà (recettes écrites en anglais) :

http://www.theglobeandmail.com/life/food-and-wine/food-trends/have-you-tried-zeppole-its-a-pastry-lovers-fever-dream/article4096172/

http://www.anitaliancanadianlife.ca/recipes/ciambelle-with-fennel/

 

A tantôt,

 

Michael Iannozzi

Merci bien Floriane pour ton aide!

 

 

Coming to la Tavola of Italian-Canadian Heritage

This week we’re speaking with Caroline di Cocco about her experiences working to preserve the history, language, and culture of one of Canada’s largest immigrant groups: the Italian-Canadians.

Italians make up a large part of the history of Canadian immigration. In the 2011 census 1.5 million Canadians (4.6% of our total population) stated they are at least partially of Italian heritage. The Italians who came, and come, to Canada with their language (or languages, but more on that later), become a part of Canada’s language landscape. It is the work of Caroline di Cocco, and others across Canada, to preserve their stories, experiences, and their language. Not just for their descendants, but for all Canadians.

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[My gramma and grampa, Rita and Cataldo, and my dad and his brother, Frank and John]

Michael Iannozzi : What led you to get involved in documenting the heritage of Italians in Canada?

Caroline Di Cocco : I began documenting the story of the Italian-Canadian Presence around the mid-1980’s. I tried to find some history about the Italian presence in the Sarnia area. The closest thing I was able to find in the written history of Sarnia was that there was a growth of the Italian population in Sarnia in the 1950’s due to the growth of the refineries. I was driven by this question: how did the Italian-Canadian presence change the community of Sarnia-Lambton, and how were the Italians changed by having created a new home and a new life in the area? I felt a profound sense that if we did not take on the responsibility to research and document stories of the Italian-Canadian presence, these stories would be lost for future generations.

MI : What has been the immigration history? When did the Italian-canadians come to Canada?

CDC : The Italian immigration history has many complexities that fill volumes of books. In this response I can only touch on a couple of aspects. These stories are built of struggle, sacrifice, survival, resourcefulness, hard work, adjustment, and success; and in the creation of an identity which is unique from that of Italians in Italy. This was created out of holding on to one’s identity and values while at the same time re-creating that identity in a Canadian context. The Italian immigration story of Sarnia Lambton is written in a book called “One by One… Passo dopo passo.” In the introduction, Dr. Gabriele Scardellato writes, “From the late 1870s to the early 1980’s a total of some 630,000 Italians had immigrated to Canada”. In our research of the area we found evidence of a Charles Ribighini in 1870 who came to work in the oil fields in the Petrolia area [This may be the first Italian to come to Canada, although no one can ever know for sure].

Numerous stories of this history and experience is dispersed across the country and in personal collections. These collected histories of Italian-Canadians are fragmented and many of the stories are hidden from the public. More research needs to be done because collections and personal histories are being lost or forgotten with each generation.

In order to have the Italian-Canadian stories preserved, made accessible, and to document the ones that have yet to be told, the Italian-Canadian Archives Project (ICAP) was founded.

MI : What is the Italian-Canadian Archive Project?

CDC : The Italian-Canadian Archives Project “ICAP” is a not-for-profit organization, incorporated to promote and organize a national strategy to gather, preserve and make accessible material about the Italian-Canadian experience across the country. To this end, ICAP has created a Canada-wide network of established and emerging researchers in the field of Italian-Canadian studies to collaborate, partner and connect with other individuals, groups, organizations, and institutions across Canada who are interested in the Italian-Canadian experience. Through this network, ICAP works to encourage and support activities to preserve and provide access to materials on the Italian-Canadian experience.

MI : Why is it important to preserve the Italian spoken by the immigrants to Canada and their descendants?

CDC : I believe that the identity of one’s heritage is directly tied to that specific language. By understanding and speaking the language of one’s heritage, you create a stronger connection to the culture and you are able to engage others with others within that community, which makes one feel more a part of that heritage.

MI : How does the archive use the materials it gathers to create this stronger connection?

CDC : ICAP does not collect materials directly, but facilitates the preservation of collections. It does this through its national network of experts who assist in identifying collections that are at risk, and help to direct these collections to archives such as the National Museum of History, or to local archives. All across Canada ICAP members assist in bringing together Italian-Canadian communities to engage in the conversation about their Italian-Canadian stories, and to encourage the local communities to collect, preserve, and make accessible their history. We encourage people that their stories are an important part of Canada’s History; assist them, with the help of experts, on how they can preserve their history; provide workshops; and to connect like-minded communities who are doing this kind of work. Finally, we provide support and advice to ensure that any materials are preserved in either a local, provincial, university or national archive.

By keeping these documents, stories and artifacts in archives, it ensures that they are professionally managed, catalogued, and over time, digitized and made accessible to all Canadians.

MI : Why is it important to record the voices and histories of the Italian immigrants and their families?

CDC : The voices and histories of the Italian immigrant tells of experiences of dramatic change in people’s lives and how their lives impacted communities into which the settled. These stories are about people who for the most part came from very humble origins. The stories are important in so many ways, and I believe we have a responsibility to make certain future generations can also hear them. If we do not document our history then who will? After all, it helps us to understand ourselves and how we fit into the fabric of Canada.

MI : How are culture and language tied together?

CDC : Culture and language are intrinsically tied to one another. Cultural identity is imbedded in language in so many ways. For example, take the Italian relationship to food. When a table is considered as its physical noun, it is gender neutral “il tavolo”. When a table has been set for dining for guests, or is prepared for the family to sit and eat, then it is no longer just a physical and objective object, and the feminine gender is used “la tavola”.

MI : What do the experiences of the Italian immigrants tell us about language and immigration more broadly?

CDC : The stories and experiences tell us that although people adapt, adjust, and rebuild a life in a new country, their identity is intrinsically connected to their language and place of origin. The shaping of their values and thinking is in large part connected to their roots. Their behaviour is in many ways shaped by the place of origin, and closely tied to their heritage. Basically I see that the day-to-day lives of the immigrants, although they are now for all intents and purposes Canadian, are full of habits and ways of life that are closely linked to their ethnic and historical heritage [For instance, my gramma still gets up and bakes fresh bread at 78 years of age almost daily. She has friends that have “secret” places where they harvest wild asparagus and mushrooms each year, and only pass on the location to their children. And the full moon of October is still used for when wine pressed in garages is bottled or racked].

MI : You published a book on the history of Italians in the town of Sarnia (which happens to also be my hometown). What has been the experience and history of the Italians of southwestern Ontario, and does it differ from the experiences of Italians elsewhere in Canada?

CDC : I find that there are many similarities but also significant differences. The stories have a similar theme no matter where the Italians settled, not just in Canada, but around the world. For the most part, the values of a strong work ethic, and close family units are a common theme anywhere you go.

My observations have been that in smaller towns and cities, Italians seem to have integrated more quickly within the Canadian community, although they continue to maintain a pride of their heritage. In smaller centers those of Italian origin identify themselves as either Italian-Canadians, or simply as Canadians with Italian background. In large centres, where the number of Italians is in the hundreds of thousands, such as Toronto, they have create “little Italys”, and seem to stay connected more to their place of origin. From my conversations with many groups and individuals, they seem to identify more with Italy.

When the conversation of Italian-Canadian history takes place, I have found that in small centres it is about the journey here to Canada, whereas in large cities it seems to be about what constitutes being Italian.

MI : Are there differences in the Italian spoken in Sarnia, vs Windsor, vs Toronto, vs elsewhere in Canada? Why would that be?

CDC : Because of “chain migration” [Which allows an immigrant, once given citizenship or permanent residence status, to sponsor or bring extended family to join them in their new country], people from the same town or same regions of Italy settled in the same places in Canada. Because most people who emigrated had very little education, they did not speak Italian, but their specific dialects, which often are very different languages. For instance if the group was from Sicily, they spoke Sicilian. For someone like me, who is from Central Italy, Sicilian is a foreign language.

There are many different dialects all coming from Italy. These dialects are all labelled Italian; however, they are distinct. Depending on where the specific clusters of Italian immigrants settled, you will see a common dialect. For example, the majority of Italians to settle in Sarnia come from southern Lazio, known as Ciociaria, so you have that dialect spoken. In Toronto the largest number of immigrants come from Calabria, with many from Sicily, some from Friuli, Abruzzo, Molise, whereas a much smaller number are from southern Lazio. Not only do you have different “Italian” spoken from city to city, but also great variation within the cities.

It is only over the last maybe 20 years, due to mass education, that most people speak “standard” Italian in Italy, and unfortunately the dialects are being lost.

MI : Do you feel that the experience of “being Italian” in Canada has changed over the past 50 years?

CDC : Yes I think it has changed from “Italian-ness” initially having a negative or pejorative connotation to being “in” today. The experience has changed because the Italians earned the respect of other Canadians along the way. As Canadians interacted with Italians they were less uncertain about them. This understanding has led to the appreciation of the Italian values of hard work, family, good food and so on, and of course this worked in reverse too as Italians more-and-more integrated into Canadian society.

Unfortunately, this acceptance has led to the perception that Italian is not needed, and a decreased interest in learning Italian. There are fewer and fewer Italian-Canadians today who speak Italian.

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[Making wine using an old-fashioned, hand-cranked, press]

There is a phrase, “Hyphenated Canadian”. It represents the idea that many Canadians don’t identify as simply Canadian. If you ask many Canadians, including many in my own family, they don’t say they are Canadian, rather they say they are “X-Canadian”. For example, they may consider themselves “Italian-Canadian”, or maybe even just “Italian”(the Canadian part being assumed).

Very few Canadians, if they are willing to go back a couple of generations, will find that their ancestors were living in Canada. We are a nation of nationalities. Canadians are First Nations, Inuit, and Metis, but Canadians are also Somali, Ukrainian, and Thai. These heritages shape us individually, and also as a nation. Italian isn’t something I may need to use on a daily basis, but it helps me feel more connected with my past.

I actually consider myself just simply “Canadian”, I don’t use a hyphen, but my family is made up of Italian and Dutch, and that is part of my reality as a Canadian. What it means to be Canadian is as diverse as the nationalities, peoples, and languages that make up our country, and that is one of my favourite things about being Canadian.

And because it would be irresponsible, and an abnegation of my duty to not provide you with Italian tasty recipes, here are some:

http://www.theglobeandmail.com/life/food-and-wine/food-trends/have-you-tried-zeppole-its-a-pastry-lovers-fever-dream/article4096172/

http://www.anitaliancanadianlife.ca/recipes/ciambelle-with-fennel/

 

Take care eh,

 

Michael Iannozzi

 

 

They will speak their language again and forever

This week we are looking at Mi’gmaq, a First Nations Language spoken in Eastern Canada.

More specifically, we are looking at efforts to revitalize the language, and a very promising and encouraging trend among minority and endangered languages : linguists and academics working with and among the community rather than deciding what is best for them.

To that end, this week I am speaking with Carol-Rose Little, linguistics Ph.D. student at Cornell University, and Madelaine Metallic, Mi’gmaq language teacher at Alaqsite’w Gitpu School in Listuguj, QC about efforts currently underway to protect, preserve, and promote the Mi’gmaq language.

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[The Mi’gmaq “hieroglyphics” described below.]

MI : So I suppose, to start, what is Mi’gmaq?

CRL : Mi’gmaq is an Eastern Algonquian language of eastern Canada.

MI : Where was it originally spoken?

CRL : Eastern/Atlantic Canada/Newfoundland and Labrador and Maine

MI : Where is it spoken today?

CRL : Eastern QC, Cape Breton, NB, NL

MI : How many speakers are there?

CRL : Numbers are hard to come by…Ethnologue says 8,000 but I would say it is definitely less than half that amount. It is hard to get this kind of survey data.

MI : What makes it unique?

CRL : Mi’gmaq is a polysynthetic language, which basically is to say that each word is composed of many parts. So in one word it is possible to say “I see you” nemul nem=see, -ul = first person acting on second person.

MI : What does it looks like, and what does it sound like?

CRL : Mi’gmaq has a number of different writing systems, there was even once a hieroglyphic system (*cover this* -MI), though that system has not been in use for many years. The orthographies used in communities today all use Latin-based characters [The Mi’gmaq language is written by all communities today using the same alphabet as English].

MI : Are there related languages spoken currently?

CRL : Many languages spoken today are related to Mi’gmaq (all Algonquian languages, e.g. Passamoquoddy-Maliseet, Ojibwe, Blackfoot, Cree).

MI : Now turning to you both, did you grow up with Mi’gmaq as one of your languages, or did you learn it later?

CRL : I began learning Mi’gmaq in the classroom in 2012 and am still learning today.

MM : I grew up with Mi’gmaq as one of my languages. My grandparents have been speaking to me in Mi’gmaq for as long as I can remember, and I have been speaking the language ever since.

MI : And your project “migmaq.org”, how has it been built?

CRL : migmaq.org is meant to be a place where members of the project can share updates and keep updated themselves of what is happening with the work being done by both the community and linguists. It also acts as a place where those interested in Mi’gmaq can go and find resources and references on Mi’gmaq, and how to learn it.

MI : What are the project’s goals?

CRL : The collaboration is a collective effort to bring Mi’gmaq speakers, teachers, and linguists together to develop a deeper understanding of the grammar of the language, create teaching materials, and facilitate the learning, speaking, and promotion of Mi’gmaq.

MI : What is the role of the linguist, and what is the role of the community and its elders in a project like this?

CRL : My role is to help in whatever way possible to build language-learning resources! I’ve helped document course curricula, organize language workshops, contribute to social media campaigns, and record and document the language. I also do fieldwork on Mi’gmaq. For instance, a paper I wrote on Negation will be published soon. This research also feeds into the grammar wiki [Found Here].

MI : What are some of the challenges in a project this big?

CRL : Not getting overloaded with resources! I think at one point we had so many different platforms (apps, social media, computer softwares, websites) to learn Mi’gmaq, we just had to stop and re-evaluate, then cut the programs that were not attracting traffic, and work more on the apps/sofwares/websites that were drawing users.

MI : What are the advantages of modern technology and the internet in revitalizing First Nations languages?

CRL : Accessibility, being able to share resources quickly, and having access to open-source programs that are very attractive to limited budgets.

MI : On the website I see that there is a decision to be active on social media, why is it important to have the community use social media? And how does this impact interactions with the outside communities?

CRL : Social media is a powerful marketing tool. For instance Savvy Simon’s #SpeakMikmaq movement has garnered a lot of support. Many people are posting instagram videos of them speaking Mi’gmaq, even if it is just a word.

MM : Also today, many people are actively involved with social media, so one way to promote the language and reach these people is to share the language through social media. Social media also allows communication between different Mi’gmaq communities, which allows for sharing of resources as Carol-Rose mentioned.

MI : What is a master-apprentice language program? And why do you think it is an important tool?

CRL : The goal of the master apprentice program is to pair a speaker (“master”) up with a learner (“apprentice”), and for the speaker to go about daily routines, but only in the language [In this case Mi’gmaq], forcing the apprentice to use and practice the language in everyday settings. This is an extremely important tool because not only are learners practicing the language, but they are practicing it in culturally and socially relevant contexts, thus learning terminology and phrases related to those activities.

MI : What do you think is the most important thing for the survival of Mi’gmaq in the future?

CRL : Getting young people to learn the language, and use it with each other. Being able to have entire friendships and relationships in the language.

MM : I agree with what Carol-Rose says, but I also think that it is most important for Mi’gmaq people to begin to take initiative in learning their language themselves, and to have the motivation on their own to learn it in order for our language to survive. At the moment we have plenty of resources, and fluent speakers (although, unfortunately, not for much longer) who are willing to help; now is the time where we need the people to be willing to actively use these resources.

MI : If someone wants to learn Mi’gmaq, what do you feel is the best approach, and how should someone get started?

CRL : The best approach is to learn a few basics phrases, and some verb conjugations and just go out and start speaking. Listening to music in Mi’gmaq and learning the lyrics helps with pronunciation (My favourite song). However, I am a linguist, and I’m sure teachers would have many things to add.

MM : I agree with Carol-Rose, a good start would be to learn some simple words and phrases and to practice those. Try to use the new words you’ve just learned as much as possible. In order to learn the language, one must try to immerse themselves in the language. I was also told it was important to begin thinking in the language as much as you can, even if you only have a small vocabulary. If you see a door, don’t identify it to yourself as a “door”, but as a “gaqan”. Also speakers (especially new ones) have to keep in mind that they are still learning, and that they should not be afraid to make mistakes, or to try even if they might not be sure they know. Speakers should realize that they are making an effort to learn, and they should take pride in that, and never feel too embarrassed or shy to keep learning.

MI : What has been your favourite part of being involved in the project?

CRL : I love working with speakers. Mi’gmaq is such a different language than any other I have studied. There is so much to discover and learn from all the structure. It’s such a fun language to talk in as well. I felt so happy after the first time I managed to hold a conversation for 30 minutes in Mi’gmaq. It’s so fun being able to talk to Mi’gmaq speakers in their native language and learn about their rich culture.

MM : I love being able to learn more about my language and to discuss the language with other speakers. I also love hearing the input of others, and working to find different solutions to try for a given issue, and get other people to begin to start speaking their language.

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[The Listuguj Mi’gmaq Territory is in the far east of Quebec]

A sincere thank you to Carol-Rose and Madelaine for taking part in the interview

This project is just one example of a growing number of instances where communities are working with academics to preserve and promote their language. Mi’gmaq is a great instance of work being done by people of all backgrounds, and all ages, to create digital resources, fieldwork research, immersive language-learning, and create teaching materials altogether. A large group of people is working very hard, and coordinating a great number of people, and their time, and the results are impressive.

The work that is being done on Mi’gmaq will hopefully be used as an example of how communities and outside experts in various fields can share and learn from, and with, each other. Academics should always ask, coordinate, and work with a community. The results of their combined efforts and various skillsets and knowledge result in a very promising future for both Mi’gmaq specifically, and language revitalization across Canada!

 

Take care eh,

 

Michael

 

 

Les jeunes vont sauver la vielle langue micmac

Cette semaine nous examinons le micmac, une langue des Premières Nations parlée dans l’est du Canada.

Plus particulièrement, nous allons d’une part examiner les efforts de revitalisation entrepris pour revitaliser la langue et d’autre part parler d’une tendance très prometteuse et encourageante parmi les langues minoritaires et menacées à savoir des linguistes et des universitaires travaillant avec et au sein des communautés au lieu de décider à leur place ce qui est mieux pour elles.

À cette fin, j’ai parlé avec Carol-Rose Little, doctorante en linguistiques à l’Université Cornell et avec Madelaine Metallic, enseignante de micmac à l’école Alaqsite’w Gitpu, de Listuguj au Québec. Nous avons discuté des efforts en cours pour protéger, préserver et promouvoir la langue micmaque.

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[L’ancien système hiéroglyphique du micmac]

MI : Pour commencer, qu’est-ce que le micmac?

CRL : Le micmac fait partie des langues algonquines orientales et il est parlé dans l’est du Canada.

MI : Où parlait-on la langue à l’origine?

CRL : Dans l’est du Canada, sur la côte atlantique, à Terre Neuve, au Labrador et dans le Maine.

MI : Et aujourd’hui, où la parle-t-on ?

CRL : À l’est du Québec, à Cap Breton, au Nouveau Brunswick, à Terre Neuve et au Labrador.

MI : Combien y a-t-il de locuteurs?

CRL : Il est toujours difficile de se procurer des chiffres… Le site « Ethnologue » avance le nombre de 8 000 mais je dirais que c’est au grand maximum la moitié de ça. Il est difficile d’obtenir ce genre de résultats d’étude.

MI : Qu’est-ce qui rend la langue unique?

CRL : Le micmac est une langue polysynthétique. En gros ça veut dire que chaque mot se compose de plusieurs parties. À cause de cela, il est possible de dire « je te vois » en un seul mot : ‘nemul’. ‘nem’ signifie ‘voir’ et ‘ul’ indique que la première personne agit sur la deuxième personne.

MI : À quoi ça ressemble tant à l’écrit qu’à l’oral ?

CRL : Le micmac a plusieurs systèmes d’écriture différents ; il y avait même autrefois un système hiéroglyphique bien que ce système n’ait pas été en usage depuis de nombreuses années. Aujourd’hui les orthographes utilisées dans les communautés sont toutes basées sur les caractères latins [de nos jours toutes les communautés utilisent le même alphabet que pour l’anglais pour écrire le micmac].

MI : Est-ce qu’il existe d’autres langues de la même famille qui sont toujours parlées?

CRL : Beaucoup de langues encore parlées aujourd’hui sont de la même famille que le micmac : toutes les langues algonquines, par exemple, le malécite-passamaquoddy, l’ojibwé, le pied-noir, le cri.

MI : Je me tourne maintenant vers toutes les deux. Est-ce que vous avez grandi avec le micmac ou avez-vous appris la langue sur le tard ?

CRL : J’ai commencé à apprendre le micmac en cours en 2012 et je continue toujours de l’apprendre.

MM : J’ai grandi avec le micmac était l’une des langues que je parlais. Mes grands-parents me parlent en micmac depuis aussi longtemps que je me souvienne, et je le parle depuis ce temps-là.

MI : Et votre projet intitulé ‘migmaq.org’, comment s’est-il monté ?

CRL : « migmaq.org » a été conçu pour être un lieu où les membres participant au projet peuvent partager des nouvelles et s’informer des avancées du travail réalisé à la fois par la communauté et par les linguistes. Il sert aussi à ce que les personnes qui s’intéressent au micmac puissent y trouver des ressources et des références sur la langue et sur comment l’apprendre.

MI : Quels sont les objectifs du projet?

CRL : C’est un vrai effort collectif pour réunir les locuteurs micmacs, les enseignants et les linguistes afin de développer une compréhension approfondie de la grammaire de la langue, de créer des ressources pédagogiques et de faciliter l’apprentissage, la communication et la promotion du micmac.

MI : Dans un projet comme celui-ci, quel rôle les linguistes et la communauté, en particulier ses aînés, jouent-ils?

CRL : Mon rôle est d’aider de quelque manière que ce soit à créer des ressources pédagogiques pour la langue ! J’ai aidé à créer de la documentation pour des programmes de cours, à organiser des ateliers linguistiques ; j’ai contribué à des campagnes sur les réseaux sociaux et j’ai aussi aidé à enregistrer et à documenter la langue. Je fais aussi du travail de terrain pour étudier le micmac. Par exemple, j’ai écrit un article sur la négation qui va bientôt être publié. Cette recherche alimente d’ailleurs l’article Wikipédia sur la grammaire [Lien en anglais].

MI : Pouvez-vous mentionner quelques défis à relever dans un projet aussi vaste ?

CRL : Ne pas se surcharger de ressources ! Je crois qu’à un moment donné, on avait tellement de plateformes différentes pour apprendre le micmac (applications, réseaux sociaux, logiciels informatiques, sites web) qu’on a dû tout simplement s’arrêter et tout réévaluer puis, on a dû arrêter des programmes qui n’attiraient pas le public et à la place, on a dû travailler plus sur les applications, logiciels et sites qui attiraient, eux, les utilisateurs.

MI : Quels sont les avantages de la technologie moderne et d’Internet pour la revitalisation des langues des Premières Nations ?

CRL : L’accessibilité. Être capable de partager rapidement des ressources et aussi, avoir accès à des programmes libres qui sont très attrayants pour les budgets limités.

MI : Sur votre site je vois qu’il y a une vraie résolution à être actifs sur les réseaux sociaux. Pourquoi est-il important d’inciter la communauté à les utiliser ? Et comment cela affecte-t-il les interactions avec les communautés extérieures?

CRL : Les réseaux sociaux représentent un outil marketing très puissant. Par exemple, le mouvement #SpeakMikmaq lancé par Savvy Simon a recueilli énormément de soutien. Beaucoup de gens mettent sur Instagram des vidéos d’eux-mêmes en train de parler micmac, même s’il ne s’agit que d’un seul mot.

MM : Aussi, de nos jours, beaucoup de gens s’engagent activement sur les réseaux sociaux. Une manière de promouvoir la langue et de contacter ces gens consiste à partager la langue à travers ces réseaux. Les réseaux permettent aussi à différentes communautés micmaques de communiquer entre elles, ce qui permet en conséquence de partager des ressources, comme Carol-Rose l’a mentionné.

MI : Parlez-nous de votre programme de langue maître-apprenti ? Pourquoi pensez-vous que c’est un outil important ?

CRL : Le but du programme maître-apprenti est de grouper par pairs un locuteur, le « maître », et un apprenant, « l’apprenti ». Le locuteur vaque à ses occupations quotidiennes mais en parlant seulement la langue [en l’occurrence le micmac], forçant ainsi l’apprenti à utiliser la langue et à s’entrainer à la parler dans des situations quotidiennes. C’est un outil extrêmement important parce que non seulement les apprenants pratiquent la langue mais ils la pratiquent aussi dans des contextes culturellement et socialement pertinents, apprenant ainsi une terminologie et des expressions liées à ces activités.

MI : À votre avis, quelle est la chose la plus importante pour la survie du micmac à l’ avenir ?

CRL : Il faut amener les jeunes générations à apprendre la langue et à l’utiliser les uns avec les autres. Pouvoir avoir des amitiés et des relations entières dans la langue.

MM : Je suis d’accord avec ce que Carol-Rose dit mais je pense aussi qu’il est très important pour les Micmacs de commencer à prendre des initiatives pour apprendre eux-mêmes la langue et d’avoir la motivation de l’apprendre tout seuls, afin que notre langue survive. Pour le moment nous avons plus de ressources qu’il n’en faut, des locuteurs qui parlent couramment et qui souhaitent aider, bien que, malheureusement, plus pour très longtemps. Mais maintenant c’est le moment où nous avons besoin de gens volontaires pour utiliser activement ces ressources.

MI : Si quelqu’un veut apprendre le micmac, quelle est selon vous la meilleure approche ? Et comment cette personne devrait-elle commencer ?

CRL : La meilleure approche consiste à apprendre quelques expressions de base et quelques conjugaisons verbales et ensuite de simplement sortir et de commencer à parler. Écouter de la musique en micmac et apprendre les paroles peut aussi aider avec la prononciation (voici ma chanson préférée). Cependant, je suis linguiste et je suis sure que les enseignants auraient beaucoup d’idées à ajouter.

MM : Je suis d’accord avec Carol-Rose. Pour bien débuter, il faudrait apprendre quelques mots et expressions simples et s’entrainer à les utiliser. Essayez d’utiliser les nouveaux mots que vous venez d’apprendre autant que possible. Afin d’apprendre la langue, on doit essayer de s’immerger dans la langue. On m’a aussi dit qu’il est important de commencer à penser dans la langue autant qu’on le peut, même si on possède peu de vocabulaire. Si vous voyez une porte, ne l’identifiez pas comme une ‘porte’ mais comme ‘gagan’. Les locuteurs, surtout les nouveaux locuteurs, doivent aussi garder en tête qu’ils sont toujours en train d’apprendre et qu’ils ne devraient pas avoir peur de faire des erreurs ou d’essayer même s’ils ne sont pas certains de bien savoir. Les locuteurs devraient se rendre compte qu’ils font des efforts pour apprendre et qu’ils devraient être fiers de cela ; ils ne devraient jamais être embarrassés ou timides parce qu’ils continuent à apprendre.

MI : Que préférez-vous dans votre implication dans ce projet?

CRL : J’adore travailler avec les locuteurs. Le micmac est une langue tellement différente de celles que j’avais étudiées avant. Il y a tellement de choses à découvrir et à apprendre sur la structure entière de la langue. C’est aussi une langue tellement fun à parler. J’étais tellement heureuse la première fois où j’avais réussi à avoir une conversation en micmac pendant 30 minutes. C’est le fun de pouvoir parler avec des locuteurs de micmac dans leur langue maternelle et d’en apprendre toujours plus sur leur culture qui est si riche.

MM : J’adore pouvoir apprendre toujours plus de choses sur ma langue et pouvoir en discuter avec d’autres locuteurs. J’adore écouter ce que les autres en ont à dire et j’adore aussi travailler à trouver différentes solutions à tester pour un problème donné, et réussir à amener d’autres gens à commencer à parler leur langue.

sitelogo

[Logo for the amazing resource of http://www.migmaq.org

Un sincère merci à Carol-Rose et Madelaine d’avoir pris part à cet entretien.

Ce projet est l’exemple d’un nombre croissant de cas où les communautés travaillent de pair avec des universitaires afin de préserver et de promouvoir leur langue. Le micmac est un très bon exemple de travail entrepris par des gens d’horizons divers, de tous âges, pour créer des ressources numériques, une recherche menée sur le terrain, un apprentissage linguistique en immersion, et somme toute pour créer des ressources pédagogiques. Un large groupe de personnes travaille ensemble très fort et ils coordonnent un nombre encore plus grand de personnes, tout comme ils coordonnent leur temps ; leurs résultats sont impressionnants.

Le travail réalisé sur le micmac, je l’espère, sera utilisé comme exemple pour montrer comment les communautés et les experts externes dans des domaines variés peuvent partager ensemble, apprendre des uns des autres et les uns avec les autres. Les universitaires devraient toujours demander, coordonner et travailler avec une communauté. La combinaison de leurs efforts, de leurs compétences variées et de leurs connaissances ont pour résultat un futur très prometteur à la fois pour le micmac en particulier et pour la revitalisation des langues partout au Canada !

A tantôt !

Michael

Un énorme merci à Floriane Letourneux pour son aide avec la traduction.

 

Les parents utilisent les babyphones, mais les bébés nous ecoutent aussi

Cette semaine je me suis entretenu avec la Docteure Ailis Cournane de l’Université de Toronto. Nous avons discuté de l’acquisition d’une langue primaire (ALP), en particulier de la manière dont les bébés et les enfants en bas âge acquièrent leur(s) langue(s) maternelle(s), et de leur façon de s’y prendre. Vous êtes-vous déjà demandé si votre enfant comprend votre « langage de bébé » ? Si vous pouviez élever un enfant parfaitement trilingue ? Ou s’il importe que votre enfant n’arrive pas à se souvenir qu’on ne dit pas « chevals » ou « journals » (‘gooses’ et ‘mices’ dans le texte original) ? Comprendre grâce à l’ALP comment nos enfants font pour acquérir une langue est la première étape vers l’obtention d’une réponse à certaines de ces questions. Même si vous n’avez pas d’enfant, vous en étiez un autrefois ; alors voyons ce que l’enfant qui se trouve en chacun d’entre nous pense de la façon que nous avons tous d’apprendre notre première langue. Tout comme pour de nombreux autres aspects de l’éducation des enfants, quand on a son propre enfant, on a tendance à avoir le sentiment d’être des experts en développement de l’enfant. Mais en ce qui concerne l’acquisition d’une langue première, on peut se tourner vers des spécialistes comme la Professeure Cournane pour nous aider à comprendre cette science qui se cache derrière ce processus et comprendre quels genres de vérités universelles il existe vraiment. Même si vous n’avez pas d’enfants, vous en étiez un autrefois. Allons voir tout de suite ce que l’enfant en chacun de nous pense de notre façon d’apprendre notre langue maternelle.

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[Moi quand j’avais eu 2 ou 3 ans. Le spaghetti m’a rendu heureux…certaines choses ne changent jamais]

Michael Iannozzi : Qu’est-ce qui vous a d’abord intéressé dans l’étude de l’acquisition d’une langue primaire ?

Ailis Cournane : À l’origine je travaillais sur les changements linguistiques et je voyais là constamment des références au rôle que joue l’enfant-apprenant dans ce processus de changement linguistique [Le changement linguistique est la manière dont les langues évoluent au cours du temps, ce qui signifie en général, sur plusieurs générations]. On pense que les enfants ré-analysent la langue lorsqu’ils l’apprennent et qu’ils construisent leur propre grammaire mentale [interne et subconsciente]. Cependant, en dépit du fait qu’on observe cette théorie partout et du fait qu’elle soit largement acceptée, personne ne l’avait suffisamment explorée en rapport avec les changements linguistiques. Je me suis donc intéressée à la langue des enfants parce que je m’intéresse d’abord au changement. Le développement et le changement ont beaucoup en commun.

MI : Comment définit-on l’acquisition d’une langue primaire ?

AC : L’acquisition d’une langue primaire (ALP) décrit le processus et les propriétés de la langue des bébés, des tout-petits et des enfants en bas-âge au fur et à mesure qu’ils acquièrent leur(s) langue(s) maternelle(s). L’enfant commence sans aucun langage (mais avec une capacité pour le langage !) et, grâce à une contribution sociale de la part de locuteurs qui l’entourent, il construit graduellement sa ou ses langue(s). Je dis ‘langue(s)’ parce que beaucoup d’enfants sont exposés à plusieurs langues si bien qu’ils les acquièrent simultanément.

MI : Comment l’apprentissage d’une langue primaire est-il différent de l’apprentissage d’une langue seconde ?

AC : Il y a quelques différences importantes. Tout d’abord, avec l’ALP, il n’y a pas d’autre langue déjà en place. Si vous êtes un enfant apprenant l’anglais, vous construisez votre première langue en utilisant seulement votre capacité linguistique et votre exposition à des locuteurs plus âgés. En ce qui concerne l’acquisition langue seconde [ALS], vous avez déjà une langue en place ! Quand vous apprenez l’anglais en tant qu’adolescent, par exemple, vous l’apprenez donc en relation avec votre langue maternelle (disons le mandarin). L’anglais que vous apprenez en tant que L2 entre en compétition de plusieurs manières avec le mandarin que vous avez appris en premier [Une L2 est la deuxième langue d’une personne, celle qu’on a apprise en deuxième.] Deuxièmement, il apparait que l’ALS requière plus de motivation et un enseignement plus explicite que l’ALP : cours, exercices, se forcer à parler avec des locuteurs natifs, etc. L’ALS semble aussi montrer des étapes importantes moins bien définies que l’ALP.

MI : Qui sont ces sources principales de contribution pour l’acquisition de la première langue, L1, d’un enfant ?

AC : Les sources principales de contribution pendant la petite enfance sont les personnes principales qui s’occupent des enfants [parents, enseignants, personnel de crèche, de jardin d’enfants, nounous…]. Très tôt, lorsque la plupart des enfants dépendent largement de leur mère, la contribution maternelle est généralement la plus forte. Les frères et sœurs plus âgés jouent aussi un rôle tôt dans le développement. Une fois que l’enfant va à une crèche ou une école maternelle, les enfants du même âge commencent à jouer un rôle plus important.

MI : De qui un enfant prend-il son accent?

AC : Eh bien, un enfant, en particulier un enfant plus âgé ou un enfant unique, modèle d’abord sa langue sur celle de ces principales personnes qui s’occupent de lui ; c’est d’eux qu’ils reçoivent la plupart de la contribution linguistique. Cependant, les enfants s’adaptent très vite à leurs congénères dès qu’ils entrent à la crèche ou à l’école maternelle. C’est pourquoi les gens dont les parents sont des immigrés ne partagent pas l’accent de leurs parents mais plutôt celui de leurs pairs. Par exemple, mes parents viennent d’Irlande mais mes frères et moi avons grandi à Montréal. Nous avons un accent anglais canadien avec les traits attendus des anglophones de Montréal. Nous avons occasionnellement une certaine influence irlandaise mais notre façon de parler est bien, bien plus proche de celle de nos pairs que de celle de nos parents.

MI : Est-ce que les composantes de la langue des enfants (accent, grammaire, prononciation, etc.) sont apprises séparément, à partir de différentes sources ou sont-elles apprises simultanément ?

AC : Simultanément. Cependant l’intérêt ou le point principal de concentration des changements développementaux peuvent se produire dans différents domaines à différents moments. Par exemple, puisque les mots sont faits de différents sons, l’enfant a besoin de commencer à décrypter le système sonore d’une langue avant de pouvoir vraiment saisir des mots (sans parler des mots complexes ou des phrases). Ceci dit, les sons sont contenus dans des mots si bien que l’enfant apprend aussi nécessairement les mots lorsqu’il se concentre sur le développement des sons. Il y a là en jeu des interactions très complexes.

MI : Alors que les enfants apprennent leur première langue, ils font tous des erreurs: qu’est-ce que ces erreurs nous disent sur la manière d’apprendre à parler ?

AC : J’aime bien appeler les erreurs ou les fautes des analyses « divergentes » ou « créatives » parce que ces analyses sont productives et systématiques et elles émergent d’aspects qui indiquent comment l’enfant apprend [cela signifie que les erreurs qu’un enfant produit comme de dire « chevals » pour « chevaux » et « journals » pour « journaux » sont logiques même si elles ne sont pas correctes. En d’autres termes, les erreurs sont calquées sur un modèle et peuvent s’expliquer.]

Elles n’ont l’air d’erreurs que quand on les compare aux normes de grammaire adultes mais, elles ne sont en réalité pas vraiment des erreurs ; elles montrent, par exemple, le dévoilement par l’enfant des règles linguistiques et l’application de ces règles (parfois des exceptions). Par exemple, les enfants sur-appliquent souvent le passé des verbes réguliers aux verbes irréguliers : ‘prendu’ pour ‘pris’ ou ‘couri’ pour ‘couru’ (les exemples originaux en anglais sont ‘goed’ pour ‘went’ et ‘eated’ pour ‘ate’). Cela montre que l’enfant comprend comment former de manière productive le temps passé. C’est une grande prouesse et ça montre la prise de conscience de modèles et la capacité à généraliser une règle.

MI : Les erreurs qu’un enfant produit en parlant sont-elles malgré tout un genre d’erreur? Est-ce qu’on peut dire qu’une prononciation incorrecte est le même genre d’erreur que de dire ‘prendu’ ou ‘couri’ ?

AC : Pas nécessairement. Une prononciation incorrecte, par exemple, peut avoir une cause physiologique (contrôle musculaire, état de l’appareil vocal en développement, coordination, etc.), cognitive (compréhension du système des sons de la langue, organisation), ou même les deux.

L’omission de mots grammaticaux (par exemple dire ‘envie partir’ (‘wan go’ dans le texte original) laissant de côté le pronom et le verbe ‘j’ai’ et le marqueur infinitif ‘de’ (‘I’ et ‘to’ en anglais), et ce que ces erreurs signifient, sont des sujets de débat bien connus. La question est de savoir si l’enfant les omet parce qu’ils ne sont pas saillants dans le signal sonore de la langue [l’enfant n’entend-il pas les autres composantes ?] ou, parce qu’ils sont grammaticalement plus complexes et abstraits ? Ou est-ce même une combinaison des deux ? [La signification de « envie manger » (‘want eat’ dans le texte original) prononcé par un enfant à l’heure du diner est plutôt claire même si c’est grammaticalement incorrect.]

MI : Existe-t-il un ‘ordre’ dans la manière d’apprendre une langue ? Les enfants apprennent-ils certaines choses en premier et d’autres en dernier ?

AC : Oui ! Cet ordre est en parti déterminé par la logique : les phrases sont faites de mots et les mots sont faits de sons si bien qu’on ne peut pas sauter tout de suite vers l’apprentissage de phrases si on n’a pas d’abord compris deux ou trois choses du système sonore de la langue. En simplifiant quelque peu, la première tâche de l’enfant consiste ainsi à percer le système sonore des paroles qu’il entend autour de lui (ou le système gestuel de la langue des signes). Une partie de l’apprentissage des modèles sonores dans une langue consiste à apprendre où se trouvent les limites des mots dans le flux de paroles. Nos paroles sont des flux acoustiques continus, sans frontières, mais notre grammaire mentale sait où placer ces frontières [c’est pourquoi quand on entend une langue qui ne nous est pas familière, on pense souvent que les locuteurs parlent vite. Ce sentiment est dû au fait qu’on n’entend pas où les mots se terminent.]

Nous avons appris à faire cela quand on était enfants en résolvant ce qu’on appelle « le problème de segmentation ». Ce problème réfère à la façon dont un enfant apprend où un mot se termine dans le flux continu et où le mot suivant commence. La recherche actuelle affirme pour la plupart que les enfants comptent très fortement voire seulement sur le contrôle des possibilités transitionnelles entre les sons. Les combinaisons de sons qu’on retrouve fréquemment dans le flux de paroles sont considérées comme étant des mots. C’est seulement en ayant une compréhension de la phonologie de la langue, c’est-à-dire une compréhension de quels sons se combinent ensemble et comment, que les enfants peuvent progresser pour associer des sens à des mots et pour apprendre comment les mots peuvent se combiner en des mots plus complexes, et en phrases.

MI : Cet ordre est-il le même pour toutes les langues? Quelles sont les différences pour les enfants qui apprennent des langues maternelles différentes ?

AC : Oui, autant que nous sachions, l’ordre est remarquablement similaire à travers des langues diverses. L’enfant, contrairement à quelqu’un qui essaierait d’apprendre une seconde langue, n’a aucun savoir préalable d’aucune langue. Le développement est ainsi lourdement déterminé par des problèmes d’apprentissage qui peuvent le restreindre. L’enfant doit deviner le système sonore, les formes et les modèles des mots, leur signification, les règles grammaticales (syntaxiques), etc. La tâche est dans l’ensemble la même en dépit de la variation de la langue acquise. La langue des signes américaine, bien qu’elle s’exprime dans un mode différent (mode gestuel, visuel, plutôt que oral, auditif) est connue pour être très similaire en termes de développement aux langues parlées lorsque nous considérons les étapes importantes : les babillages, les premiers mots, les premières combinaisons de mots (les premières phrases), la surgénéralisation des règles, etc. Ceci dit, la plupart des langues n’ont pas été suffisamment étudiées dans leur développement et l’emphase a été principalement mise sur les langues européennes occidentales et sur d’autres langues proéminentes, largement répandues, comme le japonais ou le mandarin.

MI : Comment les adultes, les parents ou les personnes qui s’occupent des enfants changent leur façon de parler quand ils s’adressent aux enfants ?

AC : Les personnes qui s’occupent des enfants utilisent souvent ce qu’on appelle « la communication dirigée vers les enfants ». On l’appelle aussi « langage enfant » [langue spéciale d’interaction avec les enfants]  ou « mamanais » [« motherese » en anglais]. Cette forme de langue a des caractéristiques phonétiques distinctes : le ton est plus aigu que d’habitude, les modèles des accents toniques sont exagérés, et les voyelles sont plus longues. Ces traits phonétiques sont perçus comme ayant un « affect heureux ». Les enfants et les tout-petits répondent de préférence aux affects heureux.

Il y a aussi des preuves indiquant que les adultes utilisent un vocabulaire simplifié pour représenter des catégories basiques de mots, par exemple : une mère peut appeler un tigre « un gros chat » lorsqu’elle parle à son enfant. De plus, il existe aussi des preuves selon lesquelles les adultes simplifient leurs phrases qui contiennent des mots que l’enfant est prêt à apprendre [pour les mettre en évidence]. Par exemple, un père peut très bien dire « Tu veux de l’eau ? » à son bébé de 12 mois plutôt que « Est-ce que tu veux un verre d’eau ?». On pense que les adultes complexifient inconsciemment les discours adressés aux enfants au fur et à mesure que celui-ci grandit linguistiquement.

MI : Est-ce que ce changement est utile pour les enfants?

AC : Ça semble être utile mais pas nécessaire. Il existe des différences interculturelles dans la manière qu’ont les adultes et en particulier les personnes qui s’occupent d’enfants, d’interagir avec les enfants. Nous savons que les enfants et les enfants en bas âge réagissent au langage enfantin ; ça peut peut-être les aider que d’exagérer les limites entre les mots et les autres caractéristiques qui caractérisent le flux discursif ; ça peut ainsi les aider à apprendre des mots, mais aider ne signifie pas être nécessaire. La plupart de notre recherche a été menée sur des enfants apprenant une langue dans des sociétés occidentales à l’époque récente si bien qu’il est juste de dire que jusqu’à présent, nous en savons plus sur cette situation d’apprentissage que sur toutes les autres situations d’apprentissage encore existantes.

MI : Est-ce que les enfants apprennent leur langue maternelle différemment?

AC : Oui. Il y a des variations parmi les enfants mais on doit voir cela comme secondaire par rapport à des tendances et des similarités très fortes. Ainsi, il y a plus de similarités dans la façon d’apprendre une première langue qu’il n’y a de différences. En gardant cela en tête, on peut parler de ce qui varie.

Tout d’abord, les enfants peuvent souffrir d’un désordre qui affecte leur développement langagier (par exemple le syndrome de Down, l’autisme, le syndrome de Williams) ou bien ils peuvent avoir une déficience auditive qui les empêche d’accéder correctement à la langue parlée (mais étrangement pas à la langue des signes s’ils y sont exposés). Alors, même parmi les enfants qu’on peut considérer comme ayant un développement normal, au regard du langage, la chronologie du développement varie. Certains enfants atteignent les étapes majeures bien plus tôt que d’autres, mais tout ça dans des tranches d’âge normales. Par exemple certains enfants vont prononcer leurs premiers mots avant l’âge de 10 mois tandis que d’autres ne pourront pas les prononcer avant leurs 2 ans. C’est comparable à l’éventail d’âge où les enfants commencent à marcher, allant de l’âge de 9 mois pour certains à l’âge de 18 mois pour d’autres. Le retard linguistique n’est diagnostiqué que chez les enfants de plus de 4 ans parce qu’avant cet âge, les enfants peuvent varier énormément dans leur développement sans que cela ne soit alarmant.

La personnalité de l’enfant affecte aussi son développement. Certains enfants sont calmes et prudents alors que d’autres seront plutôt loquaces. La nature de l’interaction linguistique avec les personnes qui s’occupent d’eux importe aussi. Certaines études ont montré que le statut socioéconomique est un facteur significatif pour le développement lexical et syntaxique. Des chercheurs ont suivi des familles américaines et ont analysé leurs paroles. Les personnes de statut socioéconomique plus bas ont moins de chance de poser à leurs enfants en bas âge des questions ouvertes du type : « Qu’est-ce que tu dessines ? » mais plus de chances de s’adresser à eux avec des questions totales [dont la réponse est ‘oui’ ou ‘non’] comme « Est-ce que tu dessines ? ». De plus, elles ont aussi plus de chances d’utiliser des mots d’interdiction, comme « ne fais pas ci ! » en comparaison à des adultes de statut plus élevé. Les enfants de statut élevé ont en moyenne un vocabulaire plus large et atteignent les jalons du développement syntaxique un peu plus tôt.

MI : Comment un enfant affecte-t-il la langue de ses parents?

AC : Ma recherche répond directement à cette question mais c’est un domaine qui a déjà reçu par le passé beaucoup d’attention théorique mais peu de recherche a été faite à partir de données réelles. En d’autres termes, beaucoup de chercheurs pensent que les enfants jouent un rôle dans le changement linguistique mais quant à savoir si c’est vrai ou pas, la réponse n’est pas encore claire du point de vue concret de la recherche. Nous savons que les adolescents sont des « adoptants précoces » ; ils sont plus à même d’adopter et de répandre les changements linguistiques. Pensez, par exemple, à l’utilisation de la formule de citation en anglais « be like » (faire genre) : « He was like, ‘thank you’ » (il m’a fait genre ‘merci’). Cependant est-ce que ces nouvelles variantes dans la langue émergent à partir d’innovations effectuées dans la langue enfantine ?

J’examine cette question pour les expressions modales (les mots qui expriment la possibilité en anglais : must, can, might, maybe, probably, etc.) Il apparait effectivement que les enfants font des analyses compatibles avec l’évolution de la langue au cours du temps. Cependant, ‘compatible’ ne signifie pas nécessairement ‘causal’, alors restez à l’écoute !

MI : Est-ce que votre recherche affecte votre façon de parler aux enfants maintenant?

AC : Je ne pense pas, à part peut-être que, plus je travaille avec des enfants, plus je suis à l’aise avec tout plein d’enfants différents ! Ceci dit, travailler sur le langage des enfants affecte sans aucun doute ma façon de les ’écouter’ ! J’adore leur parler pas seulement à cause du contenu de ce qu’ils disent, mais à cause de la forme linguistique de ce qu’ils disent.

MI : Qu’est-ce que vous préférez dans votre travail d’étude ?

AC : La créativité linguistique ! Les enfants utilisent leur langue qui est en plein développement pour vivre leur jeune vie et ils produisent beaucoup de phrases créatives lorsqu’ils essaient de s’exprimer. Le problème en soi est fascinant et complexe : comment un enfant sans langue part-il de cette étape pré-linguistique pour devenir un adulte pleinement linguistique ? La langue est complexe et systématique, et il est tellement facile de la prendre pour acquise. Mais quand on doit réfléchir explicitement à ce qu’un petit apprenant fait, on est régulièrement frappé : c’est merveilleux de voir que les humains peuvent même apprendre une langue.

twinsoonies

[Ma maman et sa jumelle étaient en train de discuter l’économie.]

Un grand merci à Ailis Cournane de nous avoir ramenés dans notre enfance et de nous avoir appris comment on a un jour appris à parler. L’un des grands avantages des études linguistiques, ou des langues plus généralement, c’est que vous êtes constamment stupéfaits par les complexités du langage et par notre capacité à manier inconsciemment et sans effort cette complexité.

Le fait que la version bébé de ma personne a été capable d’apprendre le mot « tracteur » parmi ses premiers mots, est plutôt remarquable. Petit Michael a été capable de trouver où commence et où se finit le mot (avec un « t » et un « r »), d’identifier les sons au milieu, et d’associer cette suite de sons à cette machine énorme que mon grand-père conduisait avec moi dans son champ, et puis de produire ces sons sans qu’on me le demande, lorsque je l’ai vu la semaine suivante. Pas si mal quand on considère que, après 10 ans, je bataille toujours pour utiliser correctement la négation en français.

A tantôt,

 

Michael Iannozzi

Merci bien Floriane pour ton aide avec la traduction.

 

A new year, thank you for the old one

Happy New Year to you all!

 

Just a brief post from me today. I just wanted to thank you all for supporting the museum over 2015. I joined the Canadian Language Museum in the late summer of 2014 as a volunteer. I have since then run the blog, twitter and Facebook accounts.

 

It has been, and continues to be, an enormous honour, and a terrific amount of fun. I am able to speak to fantastic professors, graduate students, and community members who do essential and amazing work. I am able to share the things that I love about language(s) with all of you, and I want to say that I am extraordinarily grateful and thankful to each of you for your support. So I want to thank you for being patient with me, and for supporting the blog, twitter, and Facebook, but also for supporting the Museum more broadly.

 

In particular I want to thank all of the wonderful people I’ve spoken with over the past year for the blog. You have all been incredibly patient and endlessly kind and helpful in sharing your work with me, and with the readers of our blog. I apologize for any delays in my replies in email, and I will do my best to keep up with all of the people I hope to speak with, and continue to work hard in 2016 to keep bringing new interviews, and new research to the blog.

 

I also want to sincerely thank Elaine Gold and Katharine Snider-McNair; the Museum’s chair and executive assistant. This may sound self-congratulatory, but I don’t actually see either one of them very often, and I don’t speak with them as often as I likely should. They/you have both been continually supportive and kind, so thank you for allowing me to keep doing this. I love every part of this.

 

I also want to thank Floriane Letourneux. She has been a fantastic, and fantastically understanding and patient, translator for our blog posts. Any faults with the French translation are always my own (especially today as she hasn’t seen this), but the amazing quality of the translations are entirely due to her. Thank you.

 

Finally, thank you from the core of my heart to my friends and family for always supporting me, and serving as test subjects for my ideas and initial drafts of blog posts. I try to write everything so that non-linguists can appreciate the amazing work the people I talk with and about are doing, and my friends and family are never anything less than entirely patient and kind with helping me.

 

In 2016, I’d really like to begin brief weekly profiles of graduate students, something I tried to start in September, but the start of the year was just too busy a time for many students and Universities. So, if you are a graduate student in Canada, or a Canadian graduate student elsewhere, or someone working on something Canadian-y and language-y, please get in touch at CanLangMuseum@gmail.com. I will be sending out an email to linguistic departments all over, but the document is attached below, and I would love to hear from you.

CLM – Graduate student profiles – Questions – The Document!

In general please feel free to contact me at any point with any advice, ideas, or otherwise. I am always happy to speak with anyone about the museum, and I don’t pretend to be an expert at any form of social media, so please get in touch if you have something you’d like to share—news, events, ideas etc.

 

Take care everyone, thank you, and have a good year eh,

 

Michael Iannozzi