Il n’est pas ce qu’elle dit, mais comment elle le dit

LeAnn Brown a récemment reçu son doctorat de l’Université de Toronto ; elle est aussi ponctuellement instructrice à l’Université de Calgary et assistante de recherche à l’Université du Manitoba. Elle étudie comment les traits de personnalité, l’orientation sexuelle et le sexe des gens se manifestent tous (s’ils se manifestent) dans leur discours, et comment tout cela façonne le pouvoir dans notre société.

Voici la première partie d’une entrevue en deux parties avec LeAnn. Cette semaine nous discutons de comment le discours des femmes est traditionnellement stigmatisé et de comment cette stigmatisation devient un moyen de critiquer les femmes en général.

La publication en deux semaines se concentrera sur les questions LGBTQ.

Les recherches effectuées ou citées par LeAnn reflètent des partis pris cruciaux sur notre société. En ayant une meilleure compréhension de ces questions, nous pouvons travailler à y répondre et à les surmonter.

[Les hommes et les femmes se sont comparés leurs façons de parler depuis toujours]

[Les hommes et les femmes se sont comparés leurs façons de parler depuis toujours]

Michael Iannozzi : Qu’est-ce qui vous a d’abord intéressée à étudier la façon dont le pouvoir, le sexe biologique et l’orientation sexuelle façonnent l’usage de la langue ?

LeAnn Brown : En tant qu’étudiante sous-graduée j’avais un peu entendu parler des « sexolectes », cette idée que les femmes et les hommes parlent différemment. Je me suis demandé : est-il facile pour les individus transgenres de pouvoir acquérir un nouveau sexolecte ? Et cette question est devenue l’épicentre de mon projet de maîtrise et une partie de ma recherche doctorale. Étudier les questions cis genres (c’est-à-dire non transgenres) et transgenres soulève toutes sortes de questions sur le pouvoir et l’orientation sexuelle si bien que mon intérêt pour toutes ces questions a évolué à partir de cette première question de base.

MI : Comment définissez-vous le pouvoir dans une conversation entre deux personnes?

LB: Il existe beaucoup de définitions différentes car il existe différentes sortes de pouvoir. Un bon point de départ pour définir le mot est de dire que vous avez le pouvoir si vous avez accès au prestige, à un statut social, à des richesses et à des opportunités. Lorsqu’on parle de langue et de facteurs sociaux généraux tels que le genre, l’orientation sexuelle, la race ou l’ethnicité, la classe sociale, on parle de la personne qui a le pouvoir d’établir les normes au sein d’une société. La société canadienne anglophone d’aujourd’hui est pour la plupart le produit de populations blanches, anglophones, chrétiennes, valides, hétérosexuelles et cis genres. Ainsi, cette société est majoritairement dirigée dans la plupart des secteurs (systèmes politique, religieux, judiciaire mais aussi dans l’éducation) par des hommes blancs, anglophones, chrétiens, valides et hétérosexuels. Non seulement ils ont accès au prestige, au statut social, aux richesses et aux opportunités mais ils ont aussi le contrôle de qui a accès à tout cela. Défier ce genre de pouvoir nécessite des mouvements sociaux : par exemple le mouvement américain des Droits Civiques, le mouvement féministe, toutes les luttes contre les discriminations au travail envers les membres des communautés LGBTQ.

Tout cela se trouve en arrière-fond lorsque deux personnes ont une conversation mais leurs propres réalités sociales et le contexte, dont le but même de la conversation, affectent aussi la relation de pouvoir. Ces éléments ne sont pas statiques puisque le contexte ou le but peuvent changer en même temps que l’équilibre du pouvoir. Il n’y a donc pas de réponse simple et unique à cette question.

MI : Comment le sexe des locuteurs joue-t-il un rôle dans l’équilibre des pouvoirs et, est-ce que cela a changé ces dix dernières années ?

LB : En ce qui concerne la société canadienne, les femmes ont maintenant plus accès au pouvoir dans les domaines sociaux que par le passé mais il existe toujours des iniquités de pouvoir. Je ne pense pas que la plupart des gens disputeraient cela étant donné la prévalence de la violence domestique contre les femmes, les proportions plus élevées de femmes (et d’enfants) vivant dans la pauvreté, les écarts de salaire basés sur le sexe ainsi que le manque de femmes au gouvernement en comparaison avec les hommes. La langue reflète tout cela.

Par exemple, si on regarde l’histoire de notre façon d’évoquer la langue anglaise, on découvre qu’on a supposé qu’elle était l’arène des hommes. L’écrivain Thomas Hardy a noté qu’ « il est difficile pour une femme de définir ses sentiments dans une langue qui est principalement créée par les hommes pour définir les leurs. » On a supposé que les hommes étaient des locuteurs et des écrivains standards, utilisant la grammaire et la prononciation « correctes ». Bien entendu, cela n’incluait pas tous les hommes : seulement les hommes blancs, anglophones natifs et éduqués. Par exemple, dans son livre sur la grammaire anglaise (1922), Jespersen a écrit des chapitres spécifiques pour parler des discours des locuteurs non-standards comme les « étrangers » et les femmes. Quand vous êtes au pouvoir, c’est vous qui pouvez décider de ce qui est « formel » ou « standard » et de ce qui ne l’est pas (ce qui est de qualité inferieure). Ça maintient le système, vous et tout le monde, en place.

Pourtant la recherche de Labov à la fin des années 60 et dans les années 70 aux États-Unis a révélé des résultats intéressants qui n’appuient pas ce point de vue sur la langue. Il a trouvé que les femmes anglophones, au-delà des limites d’ethnicité ou de classe sociale, produisent plus de formes standards que leurs homologues masculins. Il a aussi trouvé que les femmes ont tendance à être les innovatrices de la langue, en maintenant la langue vivante et vibrante, en participant par exemple à la création de nouvelles formes syntaxiques, de nouveaux points lexicaux ou de nouveaux changements vocaliques, dans un premier temps à des taux plus importants que pour leurs homologues masculins. C’est le célèbre « paradoxe sexolectal » de Labov.

MI : Que reflètent ces résultats quant à nos idées préconçues et à nos attentes ?

LB : Ces types de résultats sont importants parce qu’ils indiquent une importante déconnexion entre ce que des groupes spécifiques de locuteurs produisent et ce que des groupes de locuteurs spécifiques pensent de ce que les premiers groupes produisent. C’est-à-dire que nous avons des stéréotypes sur les groupes de locuteurs qui ne sont pas basés sur des données linguistiques à proprement parler et cela se maintient pour le facteur « sexe » aussi bien que pour d’autres facteurs sociaux.

C’est le travail de Robin Lakoff au début des années 70 qui s’est vraiment concentré sur la question des « sexolectes » (c’est-à-dire les différences linguistiques selon les sexes). L’importance de son travail a été minimisée parce qu’elle se basait sur ses propres intuitions en tant que femme universitaire blanche plutôt qu’à travers des études de vrais gens dans la vie quotidienne ; mais elle reste une personnalité importante à mon avis et ce, pour deux raisons. D’abord, elle a clairement identifié les limitations du travail mais elle reconnait aussi que ces différences linguistiques sont avant tout des différences de pouvoir. La langue des femmes reflétait l’impuissance tandis que celles des hommes reflétait le pouvoir si bien qu’il ne s’agit pas fondamentalement d’un problème de rôles entre les sexes mais d’un problème de répartition du pouvoir entre chaque sexe dans le schéma sociétal. Deuxièmement, elle a identifié des variables spécifiques que les femmes ont tendance à utiliser dans son expérience. Ces variables ont ensuite été recueillies et utilisées par des chercheurs ultérieurs dans leur propre recherche quantitative. Par exemple, les déclarations évasives (« plutôt », « je suppose », « tu vois »), les mots bouche-trou (’tu sais’, ‘euh’. ‘quoi », « bah », « ben », « style », « t’sais veux dire ») et les questions de reprise (« n’est-ce pas ? », « non ? »)

Les études ultérieures, comme celles de Shuy (1993) qui étudient des transcriptions d’auditions de tribunal soutiennent le premier point de Lakoff. Au tribunal, lorsqu’un témoin et un avocat ou un juge discutent, il y a une différence nette de pouvoir : dans la conversation, le témoin est la personne avec le moins de pouvoir. Nombre de signaux linguistiques que Lakoff a identifiés comme faisant partie de la langue des femmes, l’utilisation des réponses évasives et les mots bouche-trou par exemple, se retrouvent dans le discours du témoin, indépendamment de leur sexe. Curieusement, la recherche de Shuy suggère que l’utilisation de ces outils linguistiques moins forts mène à ce que le locuteur ne soit pas cru ; et cela a des conséquences en termes de verdicts juridiques et de condamnations.

MI : Pouvez-vous donner des exemples de la façon dont des traits du « discours des femmes » sont vus négativement ?

LB : Ce qui est intéressant à mon avis, c’est de savoir si une variable est stigmatisée parce qu’elle n’est pas standard ou parce qu’elle est utilisée par des femmes. Le contour intonatif montant est un excellent exemple. Pour faire simple, celui-ci consiste à faire une déclaration mais avec l’intonation de l’interrogation. En Amérique du Nord, on considère souvent que ce phénomène est exclusivement celui de jeunes femmes (des innovatrices !). Lakoff a aussi noté que le contour intonatif montant chez les femmes exprime l’hésitation et le besoin de réassurance. Ce cas est intéressant parce qu’il semble que tout le monde le remarque. En anglais nord-américain, il est très fortement associé aux jeunes femmes, mais négativement, en faisant passer la locutrice comme manquant de confiance ou même inepte.

Par exemple, une jeune femme m’expliquait pendant un atelier qu’on lui avait explicitement dit durant son programme universitaire en commerce de ne jamais utiliser le contour intonatif montant parce que cela endommagerait sa crédibilité et son image professionnelle. Il existe sur Internet de nombreux articles et des videos YouTube populaires traitant des compétences de présentation et répondant aux horreurs de cette intonation.

Il est intéressant de noter qu’une petite étude de locuteurs ontariens (Shokeir, 2008) a montré que, tandis que les femmes utilisent l’intonation montante beaucoup plus que les hommes, celle-ci n’est pas l’exclusivité des femmes ni celle des jeunes femmes. Tout le monde l’utilise, les femmes plus que les hommes mais les femmes plus âgées l’utilisent à des taux semblables que les femmes plus jeunes. Shokeir (2008) a trouvé qui plus est que pour les hommes, l’intonation montante est connectée à des notions négatives comme l’incertitude alors que pour les femmes elle reflète des attributs positifs comme une attitude amicale.

En termes de pouvoir, l’intonation montante est-elle vue négativement parce qu’elle est associée à un manque de pouvoir ou à une impression d’incertitude de la part du locuteur, ou bien parce qu’elle est considérée comme un trait utilisé par les jeunes femmes ? L’interdiction de l’intonation montante dans les cours de commerce est-elle le reflet d’une culture qui accorde de l’importance au pouvoir ou dévalue-t-elle la bienveillance ou même les femmes en général ? L’intonation montante va-t-elle être utilisée au Canada par les femmes et les hommes et/ou les hommes canadiens changeront-ils les associations qu’ils font avec l’intonation vers quelque chose de plus positif ? Voilà des questions à garder en tête. C’est un bon exemple montrant qui établit les standards et comment les nouveautés qui ne sont pas en adéquation avec ces standards ne sont pas vues de manière positive tant que plus de gens (c’est-à-dire les personnes avec plus de prestige social) ne l’utilisent pas.

MI : À votre avis, pourquoi ce genre de « contrôle » de la langue est-elle si populaire ?

LB : La langue est souvent une façon « acceptable » de voir quelqu’un comme « l’Autre ». Les critiques de l’utilisation de la langue constituent un cadre pour continuer à produire et à justifier des préjudices et de la discrimination. Il en existe d’excellents exemples dans des vidéos YouTube qui attaquent les jeunes femmes et, je suppose, d’autres groupes traditionnellement discriminés. Lorsqu’on regarde le contenu des vidéos, il n’est pas question d’usage de la langue mais de misogynie, formulée en termes d’usage de la langue. Ironiquement, le fait de langue qui se fait attaquer est souvent utilisé par le critique.

Par exemple, dans une vidéo que j’ai présentée à un atelier, un jeune homme parodie une jeune femme qu’il n’aime pas, prétendument à cause de sa façon de parler. Il l’a fait en utilisant le terme « genre » de manière excessive. Mais lui-même utilise ce mot de manière excessive dans son propre discours ! Le contenu de la vidéo rend évident le fait que ce jeune homme trouvait cette femme (et les femmes qui parlent comme elle) « moralement insuffisante » bien qu’il ait choisi d’attaquer explicitement son discours plutôt que sa moralité.

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[Simone de Beauvoir]

Un grand merci à LeAnn Brown pour avoir partagé sa recherche et ses connaissances avec nous.

Il y a depuis quelques temps des discussions concernant la « voix craquée » [ou « friture vocale »] : ce son grinçant ou rauque qu’une voix peut produire, souvent à la fin d’une phrase. Ce phénomène a été critiqué de la même manière que le contour intonatif montant. Néanmoins, tout comme celui-ci, on a trouvé que la voix craquée n’est pas seulement utilisée par les femmes (loin de là), mais c’est un phénomène encore quasiment nouveau.

Certains aspects de la langue peuvent être, à tort ou à raison, associés à des groupes particuliers d’individus et peuvent être utilisés pour discriminer et critiquer ces derniers. Il existe cependant une diversité dans notre manière d’user et d’abuser la langue qui ne reflète pas qui nous sommes en tant qu’individus.

Vous pouvez trouver des histoires concernant le tapage en cours autour des voix craquées en cliquant sur les liens suivants :

http://www.npr.org/2015/07/23/425608745/from-upspeak-to-vocal-fry-are-we-policing-young-womens-voices

https://soundcloud.com/panoplyexcerpts/the-vocal-fry-guys

https://debuk.wordpress.com/2015/07/26/a-response-to-naomi-wolf/

http://nymag.com/thecut/2015/07/can-we-just-like-get-over-the-way-women-talk.html

http://www.thestar.com/life/2015/08/04/women-say-they-vocal-fry-because-they-want-to.html

 

Merci beaucoup.

A tantôt,

Michael Iannozzi

Merci bien à toi Floriane pour ton aide avec la traduction.

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Don’t Say That, It Makes You Sound Like A Girl

LeAnn Brown is a recent PhD graduate from the University of Toronto, a sessional instructor at the University of Calgary, and a research assistant for the University of Manitoba. She studies how gender, sexual orientation, and personal traits are all manifested (or if they are manifested) in people’s speech, and how that shapes power in our society.

This is one of a two-part interview with LeAnn. This week we are discussing how women have traditionally had their speech stigmatized as a proxy for criticizing women in general.

In two weeks our next post will focus on LGBTQ issues.

The research LeAnn Brown does, and that she cites, reflect critical biases in our society. By better understanding these issues, we can work to address and overcome them.

[Men and women have compared and contrasted their ways of speaking since we started speaking]

[People judge how others speak, and often gender plays a role in those judgements]

Michael Iannozzi : What first got you interested in studying the way power, gender, and sexual orientation shape language use?

LeAnn Brown : As an undergrad I heard a little about “genderlects” – this idea that women and men speak differently. I wondered how easily trans gender individuals would be able to acquire a new genderlect and that became the focus of my masters project and some of my PhD research. Looking at cis (i.e., non-trans) and trans gender issues brings up all kinds of questions about power and sexual orientation, so my interest in all these issues evolved out of this first basic question.

MI : How do you define power in a conversation between two people?

LB : There are many different definitions of and kinds of power. A good starting point definition is that you have power if you have access to prestige, status, wealth and opportunities. When we are talking about language and broad social factors such as gender, sexual orientation, race/ethnicity, and class, we’re talking about who has the power to set the norms within a society. English-speaking Canadian society today is for the most part a product of white, English-speaking, Christian, able-bodied, heterosexual, cis gender populations, and therefore is predominantly led in most areas (political, religious, educational, justice systems) by white, English-speaking, Christian, able-bodied, heterosexual men. Not only do they have access to prestige, status, wealth and opportunities, but they also control who else has access. Challenging this kind of power requires social movements – for example, the US Civil Rights movement, the Women’s Movement, challenges to anti-discrimination in the workplace for members of the LGBTQ communities.

All of this is in the background when two people have a conversation, but their own social realities and the context, including the purpose of the conversation, also affects the power relationship. These things are not static as the context or purpose can change along with the power balance. So there is no simple one-off answer to this question.

MI : How does gender play into the weighing of power, and has that changed in the last decade/few years?

LB : In terms of Canadian society, women now have more access to power in social realms than they did historically, but there are still power inequities. I don’t think most people would dispute this given the prevalence of domestic violence against women, the higher proportions of women (and children) living in poverty, gender based pay gaps, and the lack of women in government as compared to men. Language reflects this.

For example, if we look at the history of how the English language was talked about, we find that it was assumed to be the arena of men. The writer Thomas Hardy noted that “[i]t is difficult for a woman to define her feelings in a language which is chiefly made by men to express theirs.” Men were assumed to be standard speakers and writers, using the “correct” grammar and pronunciation. Of course, this did not include all men — only white, native English speaking, educated men. For example, in Jespersen’s 1922 book on English grammar he had specific chapters to talk about the speech of non-standard speakers, like “foreigners” and women. When you are in power, you can decide what is “normal” or “standard” and what is not normal or non-standard (read substandard). This keeps you in your place and everyone else in their place.

Yet research by Labov in the late 1960s and 1970s in the US revealed interesting results that didn’t support this view of language. He found that English speaking women, across race and class lines, produced more standard forms than did their male counterparts. He also found that women tend to be the language innovators, keeping the language alive and vibrant, by participating in, for example, new syntactic forms, new lexical items, and new vowel shifts initially at greater rates than their male counterparts. This is Labov’s famous “Gender Paradox”.

MI : What do these findings reflect about our preconceptions and expectations?

LB : These kinds of results are important because they indicate a big disconnect between what specific speaker groups produce and what specific listener groups think others produce. That is, we have stereotypes about groups of speakers that are not based on actual linguistic output and this holds for gender as well as other social factors.

It was Robin Lakoff’s work in the early 1970s that truly focused on the question of “genderlects” (i.e., language differences by gender). Her work has been downplayed as it was based on her own intuitions as a white academic, rather than through studies of actual people in everyday life, but she is an important figure in my opinion for a couple of reasons. First, she clearly identified the limitations of the work, but also acknowledges that these language differences are primarily about differences in power. Women’s language reflected powerlessness and men’s reflected power, so it’s not inherently about gender roles but about the power each gender role is allocated in the societal scheme. Second, she identified specific variables that women tended to use in her experience. These variables were then picked up and used by later researchers in their own quantitative research. For example, hedges (e.g., sort of, kind of, I guess), fillers (e.g., you know, like), and tag questions (e.g., You’re going, aren’t you?).

Later studies (e.g., Shuy, 1993) looking at court hearing transcripts supports Lakoff’s first point. In court, when a witness and a lawyer or a judge converse there is a clear power difference: the witness is the least powerful person in the conversation. Many of the linguistic cues Lakoff identified as part of women’s language — the use of hedges and fillers for example — are found in witness speech, regardless of their gender. Interestingly, Shuy’s research suggests that the use of these less powerful linguistic devices leads to the speaker being disbelieved, and this has consequences in terms of legal outcomes and sentencing.

MI : What are some examples of the way features of “women’s speech” are viewed negatively?

LB : What is interesting to me is whether a variable is stigmatized because it is non-standard or because it is used by women. Uptalk is a great example. Simply put, uptalk makes a statement take on a questioning intonation and in North America it is often thought to be used exclusively by young women (innovators!). Lakoff also noted uptalk in women’s language as expressing hesitancy and the need for reassurance. Uptalk is interesting because it is something everyone seems to notice. In North American English, uptalk is strongly associated with young women and as negatively making the speaker appear unsure or inept.

For example, I had a young woman explain to me during a workshop that she had been explicitly told in her university business program to never ever use uptalk as it would damage her credibility and professional image. There are many popular online articles and YouTube videos on presentation skills that address the horrors of uptalk.

Interestingly, a small study of Ontario speakers (Shokeir, 2008) found that while women used uptalk much more than men did, it was not exclusive to women, and it was not exclusive to younger women. Everyone is using it, women more so than men, but older women were using it at similar rates as the younger women. Shokeir (2008) further found that for men, uptalk was connected to negatives such as uncertainty, but for women it reflected positive attributes like friendliness.

In terms of power, is uptalk negatively viewed because it is associated with a lack of power or the speaker sounds uncertain, or because it is considered to be something used by young women? Does the ban on uptalk in business classes reflect a culture that values power or devalues friendliness, or devalues women in general? Will uptalk be used in Canada by women and men, and/or will Canadian men change their associations of uptalk into something more positive? That’s something to keep on the radar. This is a good example of who gets to set the standard and how new things that don’t fit the standard are not viewed positively until more people (i.e., those with more social prestige) use it.

MI : Why do you think this kind of “policing” of language is so popular?

LB : Language is often an “acceptable” way of othering people. Criticisms of language use are the framework to continue to produce and justify prejudice and discrimination. There are great examples of this on YouTube videos that attack young women (and I would assume other groups traditionally discriminated against). When you look at the video content it isn’t about the language use, it’s about misogyny, couched in terms of language use. Ironically, the very language use being attacked is often used by the critic.

So for example, in one video I presented at a workshop a young man mimicked a young woman he allegedly disliked because of the way she speaks. He did this by using like excessively. But he uses like excessively in his own speech too. The video content makes clear that this young man found this woman he was mimicking (and women who speak like her) “morally wanting” yet he chose to explicitly attack her speech rather than her moral character.

[I am made and remade continually. Different people draw different words from me. - V. Woolf]

[I am made and remade continually. Different people draw different words from me. – V. Woolf]

A big thank you to LeAnn Brown for sharing her research and knowledge with the blog.

Recently there has been a lot of discussion surrounding “vocal fry”: the creaking or croaky sound a voice can make often at the end of a sentence. It has been criticized in same way as HRT. However, also like HRT, it has been found to not only be used by women (not even close), but it is hardly a new phenomenon.

Certain aspects of language can be (rightly or wrongly) associated with particular groups, and is often used to discredit and criticize them. However, there is a diversity in the way we use and abuse language that does not reflect who we are as people.

You can find stories surrounding the vocal fry kerfuffle here:

http://www.npr.org/2015/07/23/425608745/from-upspeak-to-vocal-fry-are-we-policing-young-womens-voices

https://soundcloud.com/panoplyexcerpts/the-vocal-fry-guys

https://debuk.wordpress.com/2015/07/26/a-response-to-naomi-wolf/

http://nymag.com/thecut/2015/07/can-we-just-like-get-over-the-way-women-talk.html

http://www.thestar.com/life/2015/08/04/women-say-they-vocal-fry-because-they-want-to.html

Thank you very much.

Take care eh,

Michael Iannozzi