C’est l’anglais canadien, tsé?

Cette semaine j’ai parlé avec Anastasia Riehl. Si le nom vous dit quelque chose, eh bien, merci ! C’est que vous êtes un fidèle lecteur de notre blogue et que vous vous souvenez probablement d’un entretien que j’ai eu avec elle et Abdullah Sherif à propos du travail que réalise l’Alliance de Toronto pour les Langues en Danger (ELAT). Cependant le professeur Riehl porte de nombreuses casquettes et, à l’Université Queen’s, elle est la directrice de l’Unité Linguistique Strathy (« Strathy Language Unit »).

Nous avons parlé de cette excellente ressource pour l’étude de l’anglais canadien.

 [L’un des nombreux projets de l’Unité Linguistique Strathy porte sur l’Île Wolfe, en Ontario.]

[L’un des nombreux projets de l’Unité Linguistique Strathy porte sur l’Île Wolfe, en Ontario.]

Michael Iannozzi : Tout d’abord, qu’est-ce que c’est, l’Unité Linguistique Strathy ?

Anastasia Riehl : L’Unité Linguistique Strathy est une unité de recherche à l’Université Queen’s dédiée à l’étude de la langue anglaise telle qu’on l’utilise au Canada. L’Unité a été fondée grâce à un legs d’un ancien étudiant de Queen’s, J.R. Strathy il y a presque 35 ans. M. Strathy s’intéressait beaucoup aux problèmes de l’usage de l’anglais et était consterné par le fait que la plupart des discussions de l’époque se concentraient sur la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Il a voulu créer une unité dévouée seulement à l’anglais canadien. C’était à l’époque, et ça le reste d’ailleurs aujourd’hui, un projet unique.

MI : Quand l’unité a-t-elle été fondée? Quels étaient ses objectifs premiers et comment ceux-ci ont–ils évolué ?

AR : L’attention de l’unité se portait à l’origine sur l’étude de l’anglais canadien « standard » et sur la production d’un guide d’usage. Ces initiatives restent des aspects importants du travail de l’unité mais ils ont aussi tous les deux changé au cours du temps. Un changement concerne notre notion mouvante de « standard ». Aujourd’hui la plupart des experts en linguistique ne prendraient pas au sérieux l’idée qu’il existe une seule manière correcte de parler anglais au Canada ou qu’il y a un ensemble de règles que nous devons tous suivre. Ça ne rend pas l’idée de « standard » hors de propos cependant ; mais cela ouvre plutôt des pistes de recherche intéressantes sur ce que nous considérons être le standard et pourquoi – et sur comment les facteurs sociolinguistiques comme l’âge, le sexe, la religion, l’ethnicité et le statut social, pour n’en nommer que quelques-uns, façonnent nos notions de standard. En fait, la première conférence tenue par l’Unité Linguistique Strathy s’appelait « À la recherche du standard » et cette perspective a alors été centrale pour l’unité pendant un moment. L’idée du standard reste aussi pertinente parce que beaucoup de gens se soucient beaucoup de ce qu’ils perçoivent comme de la bonne grammaire. Si un journaliste de votre journal local utilise un mot d’une manière que les lecteurs pensent être incorrecte, le journal recevra probablement des dizaines de lettres extrêmement mécontentes ! Pourquoi les gens se soucient tellement de la langue, et ce que les gens perçoivent comme correct sont aussi des questions intéressantes.

Une autre manière dont le travail à l’Unité a changé, et d’ailleurs assez drastiquement en seulement 35 ans, est due à l’avènement des nouvelles technologies. Aux débuts de l’unité, des équipes d’étudiants ont scanné des documents, utilisant des machines très grandes et très chères afin de créer une base de données numérique pour l’étude de langues. Un tel travail, qui a pris de nombreuses années, peut maintenant être réalisé en ligne en simplement quelques heures. La plupart des premières ressources que possédait l’unité étaient produites en copie sur papier et était distribuées en nombre limité. Le corpus d’anglais canadien, les séries d’articles de travail, une bibliographie de l’anglais canadien : toutes ces ressources sont maintenant disponibles en ligne pour un public bien plus large, tout comme les initiatives qui étaient impossibles à réaliser auparavant, comme notre site web et notre blogue.

MI : Et le corpus Strathy de l’anglais canadien, qu’est-ce que c’est ?

AR : Le corpus Strathy de l’anglais canadien est une base de données d’environ 50 millions de mots mis ensemble dans le dessein d’étudier l’usage et l’évolution de l’anglais au Canada, en gros sur la période 1970-2010. Pour la plupart, il est fait d’échantillons de langues mais il inclut aussi des transcriptions de langue orale. Le corpus était l’un des premiers projets majeurs de l’Unité. Lorsque le premier directeur, W.C. Lougheed, a commencé à assembler le corpus au début des années 80, c’était relativement nouveau comme travail. Depuis cette époque, la linguistique de corpus a vraiment décollé, aidé par des changements technologiques qui ont rendu beaucoup plus facile la tâche de collecter et de gérer de larges quantités de données.

En 2013, nous avons travaillé avec Mark Davies de l’Université Brigham Young [située à Provo dans l’Utah], qui accueille plusieurs larges corpus tels que le corpus de l’anglais américain contemporain et le corpus national britannique, afin de créer une version recherchable en ligne du corpus Strathy qui est dorénavant disponible sur son site.

MI : Pourquoi le corpus Strathy est-il différent d’un corpus entièrement oral ? Comment est-ce que la fiction et les documents minutieusement écrits sont utilisés pour l’étude de l’anglais canadien ?

AR : Puisque le corpus Strathy contient pour la plupart, mais pas entièrement, de la documentation écrite, il est différent d’un corpus oral de la même manière que la langue écrite est différente de la langue parlée. La langue écrite tend à être plus formelle et présente les changements plus lentement, certainement en termes de types de documentation traditionnelle dans le corpus Strathy, bien que cela puisse être moins le cas si nous parlons de blogues personnels, de SMS, de forums internet, etc. Aussi, des aspects de la prononciation ne sont en général pas captés dans la langue écrite.

Vous m’avez interrogée sur la fiction. Il y a une chose qui m’intéresse en particulier là-dessus, c’est de savoir comment les dialectes sont représentés dans les dialogues fictionnels ; aussi, quels aspects d’un dialecte est-ce que les écrivains choisissent de représenter ? Comment les représentent-ils ? Et à quel point ces aspects correspondent-ils à la vraie langue ? Durant les deux dernières années, nous avons eu des étudiants gradués du département d’anglais qui ont exploré ces questions. Un étudiant, par exemple, a examiné le dialogue de personnages aborigènes anglophones dans la littérature canadienne et a regroupé les représentations dialectales en différentes catégories, en incluant les variations phonétiques transmises grâce à l’orthographe comme <‘bout> for <about> et des accords verbaux non-standards comme <he come> au lieu de <he comes>.

MI : Pouvez-vous nous parler de certains buts de l’Unité Linguistique concernant les études de l’anglais canadien ?

AR : Nous avons pour but d’être une ressource de grande valeur pour les étudiants et les spécialistes de l’anglais canadien aussi bien que pour le grand public si bien que la plupart de notre travail se concentre sur la création et la distribution de ressources pour faciliter la recherche des gens et il se concentre aussi sur nos propres projets de collecte de données.

Certaines des ressources que nous avons créées et maintenues incluent la bibliographie Strathy de l’anglais canadien, nos séries épisodiques d’articles intitulées « Strathy Student Working Papers on Canadian English », le site web Strathy, le blogue qui, parmi d’autres choses, suit les histoires trouvées dans les medias sur l’anglais canadien, ainsi que le Corpus Strathy de l’anglais canadien que l’on peut trouver en ligne.

En ce qui concerne les projets, l’un de nos gros projets à long-terme consiste à enregistrer des histoires personnelles de résidents de l’Île Wolfe en Ontario. Nous avons mené des entretiens avec des résidents de l’île depuis quelques années maintenant, en transcrivant les enregistrements et ensuite en créant une base de données qui sera utilisée pour la recherche sur la langue et sur l’histoire locale. Nous sommes aussi en train de développer un nouveau projet pour lequel nous sommes plutôt enthousiastes et que nous appelons « la carte des voix canadiennes ». Nous devrions avoir plus d’infos à partager à ce sujet durant la prochaine année.

L’Unité accueille aussi de temps en temps des conférences, telle que la conférence de 2014 « Changement et Variation au Canada » ; elle soutient aussi financièrement le cours sous-gradué de linguistique « l’Anglais canadien » à l’Université Queen’s et finance la recherche étudiante et des voyages pour participer à des conférences.

MI : Parlez-nous de l’Île Wolfe; pourquoi elle-t-elle si importante pour l’Unité Strathy ?

AR : L’Île Wolfe est localisée sur le fleuve Saint-Laurent entre Kingston en Ontario et Cap-Vincent dans l’état de New York. C’est la plus grande des Mille-Îles et, à l’année, elle a une population d’environ 2 000 résidents. En 2010 nous avons commencé à enregistrer des insulaires en train de partager des histoires de leur vie et ce, en collaboration avec la Société Historique de l’Île Wolfe. Nous sommes en train de transcrire les entretiens et de créer un corpus pour la recherche linguistique et historique.

Nous avons choisi l’Île Wolfe comme site de recherche pour plusieurs raisons. D’abord, de nombreux résidents viennent de familles qui sont sur l’île depuis plusieurs générations avec des liens culturels et linguistiques très forts. Deuxièmement, jusque récemment, beaucoup de résidents ont vécu la vaste majorité de leur vie sur l’île, au sens physique où aller sur l’île et en sortir n’a pas toujours été disponible ou facile, et aussi en termes de communication, avec les services téléphoniques par exemple, qui sont arrivés plus tard sur l’île que dans les zones continentales à proximité. Cela signifie que beaucoup d’insulaires ont eu moins de contact avec des locuteurs anglophones extérieurs à leur communauté que ce qui était typique pour les habitants du continent. Ce qui nous a aussi encouragés à entreprendre le projet, c’est le soutien et l’enthousiasme de la Société Historique de l’Île Wolfe, un groupe local qui avait déjà collecté des histoires orales de résidents de toujours. Il y a énormément de fierté et d’intérêt pour l’histoire de l’île parmi les résidents, et cela a pour résultat un soutien exalté pour le projet au sein de la communauté.

MI : Qu’est-ce que le Guide de l’usage de l’anglais canadien ?

AR : Le Guide de l’usage de l’anglais canadien a été l’un des premiers projets principaux de l’unité. L’un des souhaits de M. Strathy était que l’unité produise un guide d’usage qui se tourne vers le Canada plutôt que vers la Grande-Bretagne ou les États-Unis comme modèles.

On considère généralement les guides d’usage comme des instruments de prescription qui disent aux gens quoi dire et comment le dire, ce qui est le contraire du travail descriptif des linguistes qui a pour but de décrire ce que disent les gens dans les faits, en se basant sur les observations de vrais discours. Ce guide d’usage est différent et d’une certaine manière n’est pas bien servi par le terme « guide d’usage ». Le livre se focalise sur les points lexicaux qui sont intéressants dans le contexte canadien : dans certains cas parce que les mots sont uniques au Canada mais, dans la plupart des cas, parce que les mots tendent à soulever des questions sur l’usage ou l’orthographe au Canada à cause de leur variabilité constatée. Dans ces entrées, les éditrices, Margery Fee et Janice McAlpine, visent à communiquer leurs observations sur comment les mots sont utilisés en se basant en partie sur la recherche avec le corpus Strathy, dans beaucoup de cas en incluant des citations exemples du corpus. C’est fait pour être un guide d’usage dans le sens où quelqu’un qui se demanderait ce qu’est le standard canadien pour l’usage ou l’orthographe d’un certain mot, pourrait consulter le guide ; cependant le guide de manière générale n’offre pas de réponse claire mais explique plutôt toute variation constatée.

Je dirais que ce guide parvient en fait à un bon équilibre entre les buts prescriptif et descriptif. L’introduction du guide inclut une très bonne discussion de ces perspectives souvent en concurrence.

MI : Comment est-ce que le travail effectué à l’Unité Linguistique a changé au cours des deux dernières décennies, notamment à cause des changements dans la composition démographique et ethnique de notre pays ?

AR : L’un des domaines de la recherche sur l’anglais canadien que je trouve les plus intéressants est comment nous considérons le rôle de l’anglais dans nos centres urbains de plus en plus multilingues comme Toronto ou Vancouver. Dans le dernier recensement, par exemple, seulement 51% des résidents de Toronto ont rapporté l’anglais comme langue maternelle. Comment est-ce que nous définissons un « standard » pour Toronto, et quelle sorte d’anglais est-ce que nous devons enseigner dans les écoles ? Quelles sont les variétés d’anglais parlées dans différentes enclaves ethniques ? Est-ce qu’il y a des caractéristiques de l’anglais de Toronto qui diffèrent de celles de l’anglais de Vancouver, étant donné les populations différentes de locuteurs de langues-héritages ? Il y a des projets de recherche intéressants en cours à l’Université de Toronto et l’Université de York, qui explorent certaines de ces questions.

MI : L’un des buts que vise l’Unité Linguistique Strathy est d’attirer l’attention du public sur la question de l’anglais canadien. Comment pensez-vous que le public peut être impliqué dans une discussion sur l’anglais canadien ?

AR : Le public, sans aucun doute, pense déjà à la notion de langue et en parle. À travers notre site web et notre blogue, nos projets et nos évènements, nous espérons encourager le public à réfléchir et à parler de ces questions dans le cadre de l’histoire et du paysage linguistiques uniques du Canada. Il n’y a pas si longtemps, le monde se tournait vers la Grande-Bretagne et puis plus tard, vers les États-Unis aussi, comme modèles de l’usage de l’anglais. L’anglais du Canada a sa propre histoire, ses propres caractéristiques et ses propres variétés qui méritent d’être étudiées et célébrées. Comme le Canada, d’autres pays à travers le monde épousent de plus en plus leurs propres variétés nationales plutôt que de se tourner vers des standards extérieurs.

MI : Votre façon de parler est-elle typiquement canadienne ?

AR : Je suis originaire du Midwest des États-Unis. Mais, après avoir vécu dans différentes communautés anglophones en Amérique du Nord et ailleurs, je dirais que mon anglais est maintenant hybride ! Étant donné la région où j’ai grandi, je possède en effet beaucoup de caractéristiques typiquement associées avec l’anglais canadien… Des expressions comme « pop » [NDT « boisson gazeuse »] au lieu de « soda » et des aspects de prononciation comme la fusion des voyelles postérieures : « cot » et « caught » sont prononcées de la même manière. Bizarrement, ma façon de parler est à de nombreux égards plus canadienne que celle de mes étudiants dont la plupart viennent du sud de l’Ontario. Par exemple, j’utilise la version « positive » de « anymore » [NDT : en général, « anymore » est associé avec la négation « not » pour exprimer « ne… plus ». Ici, la négation n’est pas utilisée, d’où le côté « positif ». Le sens est alors totalement différent], comme dans « Kids grow up fast anymore. » [NDT : Les enfants grandissent vite de nos jours.]. C’est une caractéristique syntaxique parfois associée avec le Canada mais je n’ai toujours pas rencontré, durant les 5 dernières années, un seul étudiant dans mon cours d’anglais canadien pour qui cette tournure est grammaticalement correcte.

MI : Quelle est votre caractéristique préférée du parler canadien ?

AR : J’imagine que mes caractéristiques préférées sont celles qui, même après avoir vécu des années au Canada, attirent mon attention à chaque fois que je les entends et que je ne peux pas m’imaginer les dire moi-même. Une chose que je remarque plusieurs fois chaque jour, c’est : « be done » ou « be finished » suivis d’un complément d’objet direct comme dans « I’m done the dishes » [NDT : les deux expressions n’acceptent ‘normalement’ pas de compléments. Ce sont des tournures passives qui montrent un état (avoir fini) et surtout, ce sont des tournures intransitives. Un peu comme si on disait « C’est fini la vaisselle »]. A chaque fois que j’entends ça, mon alarme de l’« agrammatical » se déclenche dans ma tête ! Grâce à tout ça, mon travail reste sympa et intéressant.

[Des assistants de recherche à fond au travail à l’Unité Strathy.]

[Des assistants de recherche à fond au travail à l’Unité Strathy.]

Merci à Anastasia Riehl d’avoir accepté une deuxième entrevue pour notre blogue.

En tant que locuteur natif de l’anglais canadien, il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’il y avait quoi que ce soit de régional ou de canadien dans la formule « I’m finished the interview ». J’utilise ce type de tournure tout le temps et bien, maintenant j’ai une chose de plus à tester sur moi-même mais seulement après que c’est fini l’article du blogue.

L’Unité Linguistique Strathy est une excellente ressource pour les chercheurs, les apprenants de l’anglais canadien et tous ceux qui s’intéressent à la façon de parler des Canadiens. L’Unité a tellement de projets et de ressources sur la brèche et il y en a beaucoup que nous n’avons pas couverts dans cette entrevue ; alors, si vous voulez en apprendre plus, vous devriez absolument aller fourrer votre nez dans leur site web.

 

À tantôt hein,

 

Michael Iannozzi

Merci Floriane Letourneux pour ton aide.

 

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I’m done the Strathy Unit piece, eh?

This week I spoke with Anastasia Riehl. If the name rings a bell, then, thank you, you’re a loyal reader of our blog, and you likely remember her from my interview with her and Abdullah Sherif about the work of the Endangered Language Alliance of Toronto. However, Professor Riehl wears many hats, and at Queen’s University, she is the Director Of the Strathy Language Unit.

I spoke with her about this excellent resource for the study of Canadian English.

[One of the many projects of the Strathy Language Unit is on Wolfe Island, Ontario

[One of the many projects of the Strathy Language Unit is on Wolfe Island, Ontario]

Michael Iannozzi : First of all, what is the Strathy Language Unit?

Anastasia Riehl : The Strathy Language Unit is a research unit at Queen’s University dedicated to studying the English language as it is used in Canada. It was founded by a bequest from Queen’s alumnus J.R. Strathy almost 35 years ago. Mr. Strathy was very interested in issues of English usage and was dismayed that most discussions of the time focused on Britain or the U.S. He wanted to create a unit devoted solely to Canadian English. It was at the time, and remains, a unique project.

MI : When was the Unit founded? What were its original aims and goals, and how have those changed?

AR : The original focus of the unit was to study “standard” Canadian English and to produce a usage guide. These initiatives remain important aspects of the unit’s work, but both have also changed over time. One change concerns our shifting notions of “standard”. Today most language scholars would dismiss the idea that there is one correct way to speak English in Canada, and a set of rules that we all must follow. This does not make the idea of the “standard” irrelevant, however, but rather opens interesting lines of inquiry about what we view as the standard and why – and how sociolinguistic factors like age, sex, region, ethnicity and social class, to name just a few – shape our notions of the standard. (In fact the first conference held by the Strathy Language Unit was called “In search of the standard”, so this perspective has actually been central to the unit for some time.) The idea of the standard also remains relevant because many people care a great deal about what they perceive as good grammar. If a journalist in your local paper uses a word in a way that readers think is incorrect, the paper will likely get dozens of extremely cranky letters! Why people care so much about language, and what people perceive as correct are also interesting questions.

Another way in which work at the unit has changed – and changed quite drastically in just 35 years – is the advent of new technologies. In the early days of the unit, teams of students scanned documents using large, expensive pieces of equipment in order to create a digital database for language study. Years of such work can now be done in mere hours online. Most early resources of the unit were produced in hard copy and had limited distribution – the corpus of Canadian English, the working papers series, a bibliography of Canadian English. All of these resources are now available online to a much wider audience, along with initiatives that were not possible before, such as our website and blog.

MI : What is the Strathy Corpus of Canadian English ?

AR : The Strathy Corpus of Canadian English is a database of about 50 million words assembled for the purpose of studying English usage and change in Canada, roughly spanning the years 1970-2010. It consists mostly of written language samples but includes some transcripts of spoken language as well. The corpus was one of the first major projects of the Unit. When the first director, W.C. Lougheed, began assembling the corpus in the early 80’s, it was a relatively novel thing to do. Since that time, corpus linguistics has really taken off, aided by changes in technology that have made it much easier to collect and navigate large quantities of data.

In 2013, we worked with Mark Davies at Brigham Young University, who hosts several large corpora such as the Corpus of Contemporary American English and the British National Corpus, to create a searchable online version of the Strathy Corpus which is now available on his website.

MI : Why is the Strathy corpus different from an entirely spoken corpus? How can fiction, and carefully written pieces of material be used for the study of Canadian English?

AR : Since the Strathy corpus contains mostly (although not entirely) written material, it is different from a spoken corpus in the ways that written language is different from spoken language. Written language tends to be more formal and exhibit change more slowly (certainly in terms of the types of traditional materials in the Strathy corpus, although this may be less the case if we were talking about personal blogs, texts, online forums, etc.). Also, aspects of pronunciation are typically not captured by written language.

You asked about fiction. Something I am particularly interested in is how dialect is represented in fictional dialogue. What aspects of a dialect do writers choose to represent; how do they represent them; and how closely do these aspects correlate with actual speech? In the past couple of years we have had graduate students from the English department exploring these questions. One student, for example, examined the dialogue of Aboriginal English-speaking characters in Canadian literature and grouped the representations of dialect into different categories, including phonetic variation conveyed through the orthography such as <‘bout> for <about> and non-standard verb agreement such as <he come> rather than <he comes>.

MI : What are some of the goals of the Language Unit as it studies Canadian English?

AR : Our goal is to be a valuable resource for students and scholars of Canadian English as well as the general public, so most of our work is focused on creating and distributing resources to facilitate research by others and also undertaking our own data collection projects.

Some of the resources that we have created and maintain include the Strathy Bibliography of Canadian English, our occasional paper series Strathy Student Working Papers on Canadian English, the Strathy website and blog which among other things follows media stories about Canadian English, and the online Strathy Corpus of Canadian English.

As for projects, one of our big long-term projects is recording personal histories of residents of Wolfe Island, Ontario. We have been conducting interviews with island residents for several years now, transcribing the recordings and then creating a database which will be used for research on language and local history. We are also developing a new project that we are quite excited about that we’re calling the Canadian Voices Map. We should have more to share about that one within the next year.

The unit also hosts occasional conferences, such as the 2014 Change and Variation in Canada, supports the undergraduate linguistics course Canadian English at Queen’s and funds student research and conference travel.

MI : What is Wolfe Island, and why has it been important for the Strathy Unit?

AR : Wolfe Island is located in the St. Lawrence River between Kingston, Ontario and Cape Vincent, New York. It is the largest of the Thousand Islands and has a year-round population of about 2000 residents. In 2010 we started recording islanders sharing stories of their lives, in collaboration with the Wolfe Island Historical Society. We are transcribing the interviews and creating a corpus for linguistic and historical research.

We chose Wolfe Island as a research site for several reasons. First, many of the residents are from families that have been on the island for several generations, with deep cultural and linguistic ties. Second, until fairly recently, many residents lived the vast majority of their lives on the island, in the physical sense that travel to and from the island was not always available or easy, and also in terms of communication, with phone service, for example, arriving later to the island than the mainland areas nearby. This means that many islanders had less contact with English speakers outside of their community than was typical on the mainland. We were also encouraged to undertake the project by the support and enthusiasm of the Wolfe Island Historical Society, a local group which had already been collecting oral histories by long-time residents. There is a great deal of pride and interest in island history among the residents, and this has resulted in enthusiastic support for the project within the community.

MI : What is the Guide to Canadian English Usage ?

AR : The Guide to Canadian English Usage was one of the unit’s first main projects. One of Mr. Strathy’s wishes was that the unit produce a usage guide focused on Canada rather than one that looks to Britain or the U.S. as a model.

We usually think of usage guides as “prescriptive” instruments that tell people what to say and how to say it, which is in contrast to the “descriptive” work of linguists which aims to describe what people actually do say based on observations of real speech. This usage guide is different and in a way is not well-served by the term “usage guide”. It focuses on lexical items that are interesting in the Canadian context – in some cases because the words are unique to Canada but in most cases because the words tend to raise questions about usage or spelling in Canada due to their observed variability. In the entries, the editors – Margery Fee and Janice McAlpine – aim to convey their observations about how the words are used based in part on research with the Strathy corpus, in many cases including sample citations from the corpus. It is intended as a usage guide in the sense that someone wondering what the Canadian standard is for the usage or spelling of a certain word can consult the guide; however, the guide usually does not offer one clear answer but rather explains any observed variation.

I would say that this guide actually strikes a nice balance between prescriptive and descriptive aims. The introduction to the guide includes a great discussion of these often competing perspectives.

MI : How has the work done at the Language Unit changed over the past couple decades due to the changing makeup of our country’s demographics and ethnicities?

AR : One of the areas of Canadian English research that I find the most interesting is how we think about the role of English in our increasingly multilingual urban centres such as Toronto and Vancouver. In the latest census, for example, only 51% of Toronto residents reported English as their mother tongue. How do we define a “standard” for Toronto, and what sort of English do we teach in schools? What varieties of English are spoken in different ethnic enclaves? Are there features of Toronto English that differ from Vancouver English given the different populations of heritage language speakers? There are very interesting research projects underway at U of T and York exploring some of these issues.

MI : One of the things the Strathy Language Unit aims to do is engage the public about Canadian English. How do you think the public can be engaged in talking about Canadian English?

AR : The public is definitely already thinking about and talking about language. Through our website and blog, our projects and events, we hope to encourage the public to think and talk about these issues in the framework of Canada’s unique linguistic history and landscape. Not long ago, the world looked to Britain, and then later to the United States as well, for models of English usage. English in Canada has its own story, its own features and its own varieties that deserve to be studied and celebrated. Like Canada, countries throughout the world are increasingly embracing their own national varieties rather than look to external standards.

MI : How Canadian would you say your speech is?

AR : I am originally from the Midwestern U.S., but after having lived in different English-speaking communities in North America and overseas, I would say my English is now a hybrid! Given the region where I grew up, I do have many features typically associated with Canadian English… lexical items such as “pop” rather than “soda” and aspects of pronunciation such as the back vowel merger (where “cot” and “caught” are pronounced the same). Funnily, in some ways my speech is more “Canadian” than the speech of my students, most of whom are from Southern Ontario. For example, I use “positive anymore” as in “Kids grow up fast anymore”, a syntactic feature sometimes associated with Canada, but I have yet to meet a single student in my Canadian English course over the past five years for whom this is grammatical.

MI : What is your favourite feature of Canadian speech?

AR : I suppose my favorite features of Canadian English are those that, even after years of living in Canada, catch my ear whenever I hear them and that I can’t imagine being able to say myself. One that I notice multiple times a day is be done or be finished followed by a direct object as in I’m done the dishes. Every time I hear this an “ungrammatical” buzzer goes off in my head! It keeps my work fun and interesting.

[Research Assistants hard at work in the Strathy Unit]

[Research Assistants hard at work in the Strathy Unit]

Thank you to Anastasia Riehl for agreeing to be interviewed a second time for our blog.

As a native speaker of Canadian English, it had never occurred to me that there was anything regional or “Canadian” about saying, for example, “I’m finished the interview”. I use this type of phrase all the time, so now I have one more thing to guinea pig myself with, but only after I’m done the blog post.

The Strathy Language Unit is an excellent resource for researchers, Canadian English learners, and anyone with an interest in how Canadians speak English. The Unit has so many projects and resources on-the-go, and there are many we didn’t even cover in this interview, so if you want to learn more you should definitely snoop around their website.

 

Take care eh,

Michael Iannozzi

 

La protection des langues dans leur nouveau foyer

Cette semaine, nous nous intéressons à l’organisation « ELAT » : Endangered Language Alliance Toronto : l’Alliance de Toronto pour les Langues en Danger. Le travail de cette organisation consiste à créer de la documentation pour les langues minoritaires ou menacées d’extinction. L’entrevue se concentre précisément sur leur premier projet : la langue hararie.

Mais l’entrevue est un peu différente parce que nous avons deux invités. Anastasia Riehl est la directrice de l’organisation ; mais afin d’avoir une vue personnelle du harari, j’ai également posé quelques questions à Abdullah Sherif, un locuteur de harari qui a travaillé avec l’Alliance sur la transcription et la traduction d’enregistrements audio en harari.

 

Michael Iannozzi : Vous faites partie de l’organisation ELAT. Que signifie l’acronyme ? Quels sont les objectifs du groupe ?

Anastasia Riehl : ELAT signifie « Endangered Language Alliance Toronto » [Alliance de Toronto pour les Langues en Danger]. Nos objectifs consistent à récolter des donnes pour les langues en danger parlées dans la région du Grand Toronto, ainsi que pour d’autres langues mineures ou sous-étudiées, afin de soutenir les communautés dans leurs efforts pour renforcer leurs langues et pour célébrer le caractère polyglotte de notre ville.

MI : Pourquoi est-il important de récolter des données sur ces langues à Toronto? Pourquoi est-ce que Toronto est un très bon endroit pour procéder à ce travail de documentation ?

AR : Il est important de faire ce travail de documentation pour ces langues où qu’elles soient parlées. Environ la moitié des 6000 langues du monde sont menacées d’extinction, et nombre d’entre elles n’ont jamais été étudiées ou enregistrées. Toronto offre une occasion unique d’entreprendre un travail de documentation du fait du nombre important et de la grande diversité des langues parlées ici, dont certaines se trouvent en voie de disparition au niveau mondial.

MI : Sur quels projets travaillez-vous en ce moment?

AR : Certains de nos projets en cours incluent le malais du Sri Lanka, le harari (en Éthiopie), le bukhori (la langue des juifs de Boukhara en Asie centrale), l’urhobo (au sud du Nigéria) et le faetar (un dialecte franco-provençal parlé en Italie). Dans tous ces cas, il existe au moins plusieurs dizaines de locuteurs à Toronto et nous espérons pouvoir enregistrer une gamme variée d’individus pour chaque langue.

Je me suis ensuite renseigné sur le travail de l’ELAT sur le harari auprès d’Abdullah Sherif, leader de la communauté à Toronto et locuteur de harari. Voici ses réponses.

Abdullah avec son père Abdusamed

Abdullah avec son père Abdusamed

MI : La communauté hararie semble avoir environ 2000 membres à Toronto. Comment est-elle dynamique ?

Abdullah Sherif : Je crois qu’il y a plus de 2000 Hararis à Toronto mais il est vrai que tous ne seraient répertoriés comme pouvant parler la langue. Je dirais que la communauté hararie est très dynamique quand on prend en considération sa taille. On peut les trouver dans tous les secteurs socio-professionnels à Toronto : banquiers, infirmiers, conducteurs de taxis, conducteurs de bus, avocats, patrons d’entreprise, étudiants à tous les niveaux : élémentaire, secondaire, universitaire, étudiants en maitrise, en doctorat… La communauté est socialement active aussi ; elle organise de nombreux événements culturels et religieux pour de grands groupes mais aussi pour des cercles plus restreints.

MI : Le harari vient de la Région Harar. Où est-ce ?

AS : Harar est maintenant une ville fortifiée dans l’est de l’Éthiopie.

MI : Y a-t-il des langues de la même famille que le harari?

AS : Le harari est une langue relativement unique. C’est en fait une enclave linguistique. C’est une langue sémitique [les langues sémitiques les plus connues sont l’hébreu et l’arabe.] entourée de langues couchitiques [tel que le somalien ou de nombreuses langues de la Corne de l’Afrique]. Une langue très similaire au harari est parlé par le peuple silt’e de la communauté des Gouragués. Ils se trouvent justement dans une région relativement éloignée de Harar. Beaucoup de Hararis se sont dispersés à travers l’Éthiopie au XVIème siècle. Certains suggèrent que les ancêtres des Silt’e sont en fait des Hararis émigrés ou du moins qu’ils sont été lourdement influencés par ces derniers.

MI : Pourquoi, d’après vous, est-il important de récolter des données concernant la langue hararie à Toronto?

AS : J’estime que c’est important parce que la langue est considérée en danger. Beaucoup de jeunes ne la parlent pas ou ne la parlent pas bien, prêtant ainsi foi à l’idée qu’elle est bien en danger. De plus, une grande partie de l’histoire de la langue est presque perdue. Créer de la documentation maintenant encouragera peut-être les gens à examiner comme il faut son passé et à ainsi donner à son futur une meilleure chance de survie.

MI : Est-ce que la communauté hararie possède des centres communautaires à Toronto comme des restaurants ou des lieux de rencontre?

AS : En dépit de la petite taille de la communauté, il existe un centre communautaire pour l’héritage harari. Ce qui est intéressant, c’est qu’il existe au moins 90 langues en Éthiopie et que presque chacune d’entre elles est associée à une communauté ethnique différente. Les Hararis constituent l’un des plus petits groupes en termes de population. Pourtant, ici à Toronto, vous trouvez l’unique centre communautaire éthiopien qui sert tous les Éthiopiens et en plus de cela, les Hararis ont leur propre centre communautaire indépendant. Il est possible qu’il y ait d’autres centres spécifiques comme celui-ci mais je ne suis pas au courant. En ce qui concerne les Hararis, en plus de leur propre centre, ils ont aussi des groupes communautaires ou religieux plus ou moins petits. Certains de ces petits groupes sont appelés « affochas » et peuvent être constitués de seulement trois membres. Traduit approximativement, « affocha » signifie « groupe communautaire ». A Harar, on trouve de nombreux affochas et de toutes sortes : pour les jeunes, pour les femmes, les hommes etc. Nous considérons aussi le grand centre communautaire comme un affocha.

MI : Les locuteurs, aussi bien en Éthiopie qu’au Canada, sont presque tous multilingues. Qu’est-ce que cela signifie pour la langue hararie ?

AS : Alors que c’est déjà le cas, le harari sera fortement influencé par les autres langues. Il est intéressant de noter que les locuteurs de harari en Éthiopie utilisent beaucoup de mots amhariques (l’amharique est la langue officielle du pays). J’en surprends plus d’un à chaque fois que j’utilise des mots hararis là où les gens auraient probablement utilisé des mots amhariques. Mais je suis par contre souvent coupable d’utiliser des mots anglais à de nombreux endroits quand je parle harari.

MI : D’après vous comment la langue peut-elle survivre à Toronto?

AS : La langue survivra seulement si les jeunes générations la parlent. Pour que cela arrive, il faut qu’ils en apprécient d’abord l’importance.

[Voici Abdusamed, père de Abdullah, et il parle le harari]

Pour terminer l’entrevue, j’ai ensuite posé au professeur Riehl des questions plus générales concernant l’ELAT et les langues en danger à Toronto.

MI : L’ELAT produit des documents vidéo et audio de ses projets linguistiques. Pourquoi cela est-il important à vos yeux ? Quel est le pouvoir des vidéos et des technologies modernes pour la survie de ces langues ?

AR : Il existe des méthodes variées de documentation linguistique: rassembler des listes de mots, entreprendre des analyses grammaticales, créer des dictionnaires, enregistrer des fichiers audio et vidéo de styles d’expression différents. Toutes ces méthodes sont importantes. À ce stade, nous nous concentrons sur la production de courtes vidéos qui, nous l’espérons, auront une valeur et un attrait immenses pour les linguistes qui étudient ces langues, pour les membres communautaires intéressés pour préserver des exemples de leurs langues ou bien pour les utiliser à des fins pédagogiques, et aussi pour le grand public intéressé d’apprendre un peu plus sur les langues et la vie de leurs locuteurs.

En termes de contenu, nous demandons en général aux participants de discuter leurs expériences en tant que locuteur d’une langue minoritaire dans le contexte torontois. On leur demande aussi de raconter, si cela est pertinent, leur expérience en tant qu’immigrants. De cette manière, nous espérons explorer les stéréotypes de l’expérience migratoire à Toronto ainsi que ceux sur Toronto en tant que ville polyglotte.

MI : Selon vous quel est l’élément crucial pour la survie, à Toronto, du harari et des autres langues que vous étudiez ?

AR : Les langues survivent par transmission intergénérationnelle. C’est lorsque cette transmission décline qu’une langue court le risque de disparaitre. Bien qu’il y ait souvent des forces extérieures travaillant à l’encontre de la conservation de la langue (politiques gouvernementales, facteurs économiques, etc.), la motivation pour maintenir une langue doit venir de l’intérieur de la communauté. Il y a cependant des choses que des personnes extérieures peuvent faire pour soutenir ces communautés, comme entreprendre des projets de documentation, créer du matériel pédagogique ou bien aider à organiser des cours de langues et des événements.

En parlant avec des communautés dont la langue est en danger, j’entends souvent des gens exprimer leur préoccupation concernant le déclin de leur langue parce que les jeunes générations, en particulier, ne sont pas intéressées pour la parler. Néanmoins, je reçois souvent aussi des réactions de la part de jeunes locuteurs ou de locuteurs partiels qui sont très motivés pour s’assurer de la survie de leur langue. Ces jeunes personnes sont la clé du futur de leur langue. Soutenir ces gens et collaborer avec eux en partageant des idées, des outils et des ressources est une manière significative pour s’assurer qu’une langue survit, que ce soit à Toronto ou ailleurs dans le monde.

MI : Qu’est-ce qu’une personne lambda peut faire pour aider ces langues?

AR : Parlez à votre famille, vos amis et vos voisins de l’histoire de leurs langues. Vous serez surpris de voir la quantité de gens qui ont des histoires intéressantes à partager. Si vous rencontrez une personne qui parle l’une des plus petites langues au monde, allez chercher de l’aide pour la documenter. Si vous êtes intéressés par des langues particulières, vous pouvez vous impliquer dans des communautés dans votre quartier. Vous pouvez aussi donner de votre temps, de votre expertise ou de vos ressources à des organisations qui travaillent à créer de la documentation et à conserver des langues en voie d’extinction. Et peut-être bien plus important, soutenez un monde dans lequel le plurilinguisme et les droits des communautés linguistiques minoritaires sont estimés.

 

Mes sincères remerciements à Anastasia Riehl et à Abdullah Sherif. Le travail qu’ils font est indéniablement précieux. Toutes les langues du monde valent la peine d’être sauvées et enregistrées. Durant les dernières décennies, de très nombreuses communautés se sont fracturées et ont émigré à travers le monde si bien que ces morceaux éparpillés ne peuvent garder leur langue vivante lorsqu’ils sont cernés par une nouvelle langue. Ces efforts de documentation sont importants parce que ces langues n’ont pas beaucoup été étudiées mais aussi parce que les communautés présentes à Toronto parlent peut-être une variété ou un dialecte différent de ceux des locuteurs restés dans la région d’origine de la langue.

Si vous souhaitez en apprendre d’avantage sur l’organisation ELAT, veuillez cliquer sur le lien suivant : http://www.elalliance.com

 

À tantôt,

 

Michael Iannozzi

Merci bien à Floriane Letourneux pour son aide avec la traduction!

 

Saving languages in a new home

This week we are looking at ELAT, which works to document the endangered and minority languages of Toronto. Specifically, the interview focusses on their first project: working on the Harari language.

This interview is a bit different because there were two people interviewed, but not simultaneously. Anastasia Riehl is a director of the organization; however, in order to get a first-hand view of the Harari language. I also asked some questions of Abdullah Sherif, a Harari speaker who has worked with ELAT on the transcription and translation of recordings in Harari.

 

Michael Iannozzi : You are a part of ELAT, what does that stand for, and what are its objectives?

Anastasia Riehl : ELAT stands for Endangered Language Alliance Toronto. Our objectives are to document endangered languages (as well as other small or understudied languages) spoken in the GTA, to support communities in their efforts to strengthen their languages and to celebrate our multilingual city.

MI : Why is it important to document these languages in Toronto? Why is Toronto such a great place to do this documentation work?

AR : It is important to document these languages wherever they are spoken. Approximately half of the world’s 6000+ languages are at risk of extinction, and many of these have never been studied or recorded. Toronto offers a unique opportunity to undertake documentation work due to the large number and diverse range of languages spoken here, including languages that are globally endangered.

MI : What projects are you currently working on?

AR : Some of our ongoing projects include Sri Lankan Malay, Harari (Ethiopia), Bukhori (language of the Bukharan Jews of Central Asia), Urhobo (Southern Nigeria) and Cellese (Francoprovencal variety in Italy). In all of these cases there are at least a few dozen speakers in the city, and we hope to record a range of individuals for each.

 

I then inquired about ELAT’s work on Harari to Abdullah Sherif, who is a community leader and speaker of the Harari language in Toronto. The following are his responses.

Abdullah with his father Abdusamed

Abdullah with his father Abdusamed

MI : The Harari community appears to be one with a couple thousand speakers in Toronto. How vibrant is the community in Toronto?

Abdullah Sherif : I believe there are more than 2000 Harari people in Toronto but it is true, not all would be categorized as being able to speak the language. I would say the Harari community is very vibrant when taking into consideration their small number. They can be found in every part of the city of Toronto: bankers, nurses, cab drivers, bus drivers,  lawyers, business owners, students at all levels: elementary, secondary, college, university, Master students, PhD students… The community is socially active as well, holding numerous cultural and religious events in large circles and in small ones too.

MI : Harari comes from the Harar region, so where is the Harar region?

AS : Harar is now a walled city in eastern Ethiopia.

MI : Are there languages that are related to Harari?

AS : Harari is a relatively unique language. It is actually a Language Island. It is Semitic [The most well-known Semitic languages may be Arabic and Hebrew] surrounded by Cushitic languages [Such as Somali—many of the languages of the horn of Africa]. A language that is very similar to Harari is spoken by the Silte people from the Gurage community. They happen to be in a region that is relatively far from Harar. Many Hararis were scattered throughout Ethiopia during the 16th century. It is suggested that the Silte’s ancestors are some of those scattered Hararis or at least have been heavily influenced by them.

MI : Why do you think it is important to document the Harari language in Toronto?

AS : I feel it is important to document it because the language has been considered endangered. Many of the youth do not speak it, or do not speak it well, giving credence to the claim that it is endangered. Also, much of the language’s history is almost lost. Documenting it now might encourage people to properly investigate its past and give its future a better chance at survival.

MI : Does the Harari language community have any community places like a restaurant or place of meeting in Toronto?

AS : In spite of the small size of the community, there is a Harari community/heritage centre. What is interesting is there are at least 90 languages in Ethiopia with almost each one associated to a different ethnic Ethiopian community. Hararis are among the smallest in population. Yet, here in Toronto you have the one Ethiopian community centre which serves all Ethiopians, and in addition Hararis have their own independent community centre. It is possible there may be other specific Ethiopian community centres like the Harari one, but I am not aware of any. As for the Hararis, other than that one Community Centre, they also have other medium to small community groups and religious groups. Some of the small groups are called “Affochas” and can be made up of as few members as three people. Affocha loosely translated means “community group”. In Harar there are many Affochas and many types: youth Affocha, women’s Affocha, men’s Affocha, etc. We also consider the larger community centre as an Affocha too.

MI : With almost all the speakers in Ethiopia and Canada being multilingual, what does that mean for the Harari language?

AS : As is already the case, Harari will be heavily influenced by the other languages. Interestingly, Harari speakers in Ethiopia use many Amharic words (Amharic is the official language in Ethiopia) and some were surprised by me when I would use the Harari words where they would have likely used Amharic words. But I am guilty of often using English words in many places while speaking Harari.

MI : How do you think the language can survive in Toronto?

AS : The language will survive only if the youth speak it. For that to happen they need to appreciate its importance.

[Abdullah’s father speaking Harari with captions]

 

I then asked more broad-based questions regarding ELAT and endangered languages in Toronto to Professor Riehl to end the interview.

MI : ELAT produces videos and audio of the language projects. Why is this important to you? What is the power of videos and modern technology for the survival of these languages?

AR : There are various methods of language documentation – collecting wordlists, undertaking grammatical analysis, creating dictionaries, recording audio and video of different styles of speech. All of these are important. At this stage, our focus is on producing short videos which we hope will have broad value and appeal – to linguists studying the languages, to community members interested in preserving examples of their language or using them for educational purposes, and to the general public interested in learning more about the languages and lives of the speakers.

In terms of content, we usually ask the participants to discuss the experience of being a speaker of their language in the context of Toronto – and also where relevant their experience immigrating to the city. In this way, we wish to explore the common themes of the immigrant experience in Toronto and Toronto as a city of languages.

MI : What do you think is the most crucial thing for the survival of Harari, and the other languages studied, in Toronto?

AR : Languages survive by being passed down to younger generations. Once this transmission declines, a language is at risk of disappearing. Although there are often outside forces working against a community’s retention of its language (governmental policies, economic factors, etc.) the motivation for maintaining a language must come from within the community. There are, however, things that others can do to support these communities, such as undertake documentation projects, create educational materials and assist with organizing classes and events.

In talking with endangered language communities in Toronto, I often hear speakers express concern that their language is dying because young people, in particular, are not interested in speaking it. However, I also often hear from young speakers or partial speakers who are very motivated to ensure that their language survives. These young community members are the key to their language’s future. Supporting and collaborating with these individuals by sharing ideas, tools and resources is an important way to ensure a language survives, whether in Toronto or elsewhere in the world.

MI : What can the average person do to help these languages?

AR : Talk to your relatives, friends and neighbours about their linguistic histories. You will be surprised how many people have interesting stories to share. If you meet someone who speaks one of the world’s smaller languages, seek help with documentation. If you are interested in particular languages, you can get involved with the relevant community groups in your area. You can also lend your time, expertise and resources to organizations that work to document and preserve endangered languages. Perhaps most importantly, support a world where multilingualism and the rights of minority language communities are valued.

 

A sincere thank you to Anastasia Riehl and to Abdullah Sherif. The work they do is undeniably valuable. Every language in the world is worth saving and documenting. In recent decades with so many communities fracturing and moving to various parts of the world, the widespread pieces of the community cannot keep their language alive when surrounded by a new language. These efforts at documentation are important because these languages have not been studied a great deal, but also because the communities in Toronto might speak a different variety or dialect of the language than the people who remain where the language is originally “from”.

If you want to learn more, please follow this link to the Endangered Language Alliance of Toronto: http://www.elalliance.com

 

Take care eh,

 

Michael Iannozzi