La journée internationale de la Langue Maternelle

Les langues sont bien plus qu’ « une façon de communiquer. » Elles suscitent des émotions, formant les poésies, les récits, les chansons et beaucoup d’autres formes puissantes pour l’expression de soi. Elles façonnent nos identités, ce que nous sommes et elles nous connectent au reste du monde. Les langues sont faites pour se faire comprendre mais pas seulement ; elles nous permettent de nous comprendre les uns les autres de façon bien plus profonde.

[Affiche de la journée en 2011]

[Affiche de la journée en 2011]

Samedi dernier, c’était la Journée Internationale de la Langue Maternelle. C’est une journée créée par l’UNESCO pour célébrer toutes nos identités ; elle a lieu le 21 février de chaque année et ce, depuis une quinzaine d’années. Elle nous donne l’occasion de reconnaitre et d’apprécier la beauté des quelques 6 000 langues qui existent sur Terre. On fait souvent la comparaison entre les langues en danger et les espèces animales en voie de disparition : nous pourrions très bien en avoir seulement cinq ou dix mais dans ce cas, le monde ne serait-il pas beaucoup moins beau et intéressant sans toutes les autres ? La diversité de nos langues ne devrait pas être vue comme une source de confusion ou de malentendus : toutes les langues sans exception représentent une part essentielle du tissu qui constitue l’humanité. A chaque fois que nous perdons une langue, c’est un autre point de vue sur l’être humain que nous perdons. Nous perdons la manière dont les locuteurs de cette langue voyaient le monde et en conséquence, nous perdons un autre angle avec lequel contempler le monde.

D’après les chiffres du dernier recensement, 45% des Torontois ne parlent pas anglais chez eux. Beaucoup de Canadiens à travers le pays ont une « langue-héritage ». Ma grand-mère maternelle a grandi en parlant néerlandais tandis que mon grand-père a grandi avec un père immigré italien ; la langue maternelle de mon père est l’italien : ses parents ont émigré juste avant sa naissance. Nous devrions célébrer nos origines et nous souvenir que notre identité ne se façonne pas seulement parce que nous sommes thaï, cri ou français mais aussi à cause des langues qui viennent avec ces héritages.

Ma langue maternelle est l’anglais et il m’est facile de prendre pour acquis que, où que j’aille, des ressources en anglais se trouvent autour de moi. Néanmoins, pour de nombreuses personnes, l’anglais n’est peut-être que la langue de travail, de l’école ou celle parlée à l’extérieur de la maison tandis que leur langue maternelle est celle utilisée dans leur foyer avec la famille, ou pour l’introspection.

En linguistique il existe un concept appelé « hypothèse de Sapir-Whorf » selon lequel certaines choses ne peuvent même pas se concevoir dans d’autres langues. Par exemple, si votre langue n’a pas de terme pour l’allemand « Schadenfreude », vous aurez alors de la difficulté à en saisir l’idée qui est à peu près : prendre du plaisir dans la douleur des autres (pensez aux gens qui tombent par terre dans l’émission « America’s Funniest Home Videos » (version américaine), « Drôle de vidéo » (version canadienne), « Vidéo Gag » (version française)). Cependant, il se trouve que cette hypothèse est fausse. Même s’il n’existe pas de mot en anglais ou en français d’ailleurs pour le terme espagnol « sobremesa » qui décrit des conversations agréables mais sinueuses, couvrant de nombreux sujets que l’on peut avoir, assis autour d’une table après un repas, il me semble en effet que la plupart d’entre nous peut s’identifier avec ce concept.

Bien que l’hypothèse de Sapir-Whorf soit pour la plupart fausse, il existe bel et bien des choses qui diffèrent selon votre langue maternelle. J’ai lu des textes de Leonard Cohen traduits en français et j’affirme volontiers qu’il y a quelque chose d’indescriptible qui manque effectivement dans la traduction de l’œuvre : une partie importante de la beauté n’est pas rendue dans la version française.

Chaque année, le 21 février, nous devrions considérer la promotion, l’enseignement et l’utilisation de toutes les langues que nous savons parler. Mais ne nous arrêtons pas là ! Continuons après cette date. Ne nous arrêtons pas avec une seule journée. Nous devrions tous être fiers de nos langues et de notre héritage et nous devrions être enthousiastes à l’idée de les partager avec notre entourage.

[Affiche pour la charte européenne des langues régionales ou minoritaires]

[Affiche pour la charte européenne des langues régionales ou minoritaires]

En fin de compte, quel que soit votre héritage, quelles que soient les langues que vous parlez et d’où que vous veniez, profitez de la Journée Internationale de la Langue Maternelle pour réfléchir aux composantes multiculturelles, multilingues, qui vous ont menés là où vous vous trouvez aujourd’hui. Le monde est bien meilleur avec de sa variété et de sa diversité ; les langues représentent une autre moyen de prouver cela.

Alors, sortez et apportez-en la preuve !

 

À tantôt,

 

Michael Iannozzi

 

Merci bien Floriane Letourneux. Elle me donne beaucoup d’aide avec les traductions.

 

Advertisements