Le Projet HLVC

HLVCLe projet « Variations et Changements des Langues du Patrimoine » (« Heritage Language Variation and Change ») est basé à Toronto mais sa finalité est d’une grande portée. Avec pour but d’enregistrer les langues du Canada apportées par les immigrés pour récolter des données, et d’analyser ensuite celles-ci selon des critères de variation parmi les locuteurs, le projet VCLP tente d’accomplir ce qui ne pourrait être fait que dans un nombre infime d’autres villes aussi multiculturelles que Toronto.

Par exemple, selon l’agence officielle canadienne des statistiques « StatCan », 20% des Canadiens, soit 6,8 millions de personnes, déclarent que leur langue maternelle n’est ni l’anglais, ni le français. Cependant, à Toronto, le nombre de personnes à parler régulièrement à la maison une langue autre que l’une des langues officielles grimpe à 32%, soit 1,8 millions de Torontois. [do these two percentages refer to the same definition of people ?] Ce constat fournit un terrain fertile pour la recherche sur les langues du patrimoine et ce d’autant plus que la population de Toronto augmente de quelques centaines de milliers chaque année ; et nombre de ces nouveaux Torontois apportent leur langue avec eux.

Une langue du patrimoine est une langue qui a été importée vers un pays mais dont ce n’est pas une des langues officielles. Par exemple, une quantité immense d’Italiens ont émigré au Canada après la seconde guerre mondiale, y compris mes grands-parents. Ils ont emmené avec eux leur variété d’italien. Le projet VCLP mène des entrevues sociolinguistiques, c’est-à-dire des conversations en grande partie sans but précis entre un chercheur et un locuteur invité.  Elles peuvent être menées de nombreuses manières : sous un format de questions-réponses à partir d’une liste préétablie de questions, à partir d’un document à lire par l’invité, ou à travers une simple conversation bon enfant. Le tout est toujours enregistré.  Les entrevues sont réalisées avec des immigrants, des enfants d’immigrants, des petits-enfants et ainsi de suite. Cela mène à l’idée que, alors que les générations se suivent, la langue, elle, se transmet de moins en moins. Des notions telles que la rapidité d’anglicisation de la langue maternelle ou la diminution de sa transmission sont centrales à la recherche du projet VCLP. Cependant, il apparait que ces phénomènes ne se produisent en fait pas, ou du moins, pas comme prévu. Il est donc nécessaire de poursuivre les travaux de recherche pour arriver à des certitudes.

L’HLVC est le type de projet qui n’est jamais complet. Il y aura toujours de nouveaux groupes d’immigrantes, et plus de recherche qu’on puisse faire avec les enregistrements déjà faits. Toutefois, il y avait déjà les résultats intéressants. En analysant la variation avec les langues minoritaires et héritages on entre  dans un domaine parfait pour l’étude des changements à cause du contacte, qui veut dire les changements qui se passent parce qu’il y a deux langues à la même place, et à Toronto cela est l’anglais et n’importe quelle langue héritage. Le projet et aussi une chance excellente à l’examiner l’alternance de code linguistique, qui se passe lorsque les langues sont mixtes dans les paroles de quelqu’un. À Toronto, un parler d’une langue héritage pouvait remplacé un mot oublié dans leur langue maternelle avec un équivalent d’anglais. Le projet HLVC se centre avec comment, et si, les langues héritages sont transmises aux générations suivantes. Aussi d’intérêt est comment les langues héritages sont relié avec l’identité du parler. Par le mot identité, je veux dire que si je suis le petit-fils des immigrantes italiennes, est-ce que mes liens avec « italianité » sont forts ? À rechercher ces questions et idées, le HLVC cherche des informateurs.

Ce genre de projet n’en finit jamais réellement car il y aura toujours de nouveaux immigrants, et on pourra toujours faire plus de recherche sur les enregistrements existants. Néanmoins, la recherche a déjà révélé des conclusions intéressantes. L’analyse des variations dans les langues du patrimoine et dans les langues minoritaires est un terrain fertile pour l’étude des changements provoqués par contact, c’est-à-dire des changements se produisant lorsque deux langues se retrouvent dans le même espace ; à Toronto, il s’agit de l’anglais et de la langue du patrimoine. C’est aussi une excellente occasion  pour étudier les alternances des codes linguistiques, c’est-à-dire les alternances qui se produisent quand les langues sont mélangées au sein d’un même discours d’un locuteur. En d’autres termes, à Toronto, il se peut que le locuteur d’une langue du patrimoine remplace un mot qui lui échappe par son équivalent anglais. Il est aussi intéressant pour le projet VCLP de savoir d’une part, si et comment les langues du patrimoine se transmettent d’une génération à l’autre et, d’autre part, comment les langues et leur transmission sont liées au sentiment d’identité des locuteurs. Par identité, il s’agit de savoir, en tant que descendant de grands parents italiens dans mon cas, à quel point est-ce que je me sens Italien ? Afin de trouver des réponses à ces questions, le projet recherche des informateurs volontaires.

Les informateurs, c’est à dire les personnes interviewées dans leur langue maternelle, doivent avoir une conversation aussi naturelle que possible. Ils répondent aussi à une série de questions pour déterminer leur position face à leur héritage culturel et linguistique, et face à une identité canadienne, ce qui peut déboucher sur une recherche très intéressante. Bien qu’étant une discipline relativement récente, la sociolinguistique a produit quelques résultats très convaincants. Ce que ressent une personne pour sa langue ainsi que son identité culturelle peuvent déterminer le rôle que sa langue joue et la façon de la parler. Par exemple, si une personne ne se sent pas particulièrement très ukrainienne, mais s’associe au contraire de près à une identité canadienne, il est probable qu’elle utilise plus de mots anglais dans son discours en ukrainien, ou qu’elle utilise moins l’ukrainien de manière générale. Au contraire, une personne s’identifiant toujours très fortement comme Polonaise refusera très certainement d’utiliser des substituts anglais pour des mots qui existent en polonais, et s’efforcera de parler en polonais partout où cela est possible. Cela mène à la question du choix des langues à étudier parmi la foule de cultures et de communautés qui existent à Toronto.

Les langues étudiées actuellement sont l’italien, l’ukrainien, le cantonais, le hongrois, le coréen, le polonais, le russe et le faetar. Les chercheurs du VCLP espèrent augmenter à l’avenir le nombre de langues et de communautés étudiées mais ces langues représentent déjà un très bon point de départ.

Les résultats du projet sont trop nombreux pour pouvoir tous les mentionner ici mais ils sont intéressants à lire et sont accessibles sur le site officiel, en anglais, du projet « HLVC ». En voici quelques-uns. Cela fait quelques temps déjà que l’italien s’entend à Toronto, mais seulement 16% environ [de la population d’origine italienne ?] continuent de le parler chez eux tandis que le coréen qui représente une immigration relativement récente, continue d’être parlé à la maison par environ 66% de la population d’origine coréenne.

La force du projet vient de deux équipes indispensables de chercheurs : d’une part, la chercheuse principale, le professeur Naomi Nagy, et ses co-chercheurs, et d’autre part, la quantité impressionnante d’assistants de recherche qui les ont aidés à chaque étape de la recherche. Les équipes sont à la recherche constante d’étudiants bénévoles qui seraient intéressés par le projet et qui voudraient mener les entrevues sociolinguistiques s’ils sont capables de parler la langue cible, ou bien segmenter, transcrire ou coder les enregistrements, ou bien mener et présenter des analyses. Un calcul rapide indique qu’au moins 40 assistants de recherche ont déjà travaillé sur le projet et plus d’une douzaine y travaillent en ce moment, quelle que soit la langue étudiée.

Les peuples des Premières Nations mis à part, nous sommes tous des descendants d’immigrants ; nous avons tous une langue de patrimoine. Le projet VCLP fournit un aperçu inestimable sur le comportement des langues une fois qu’elles arrivent dans un nouveau pays et sur la manière dont les locuteurs les partagent avec leurs descendants.

Pour en apprendre davantage sur le projet, pour vous impliquer, ou pour proposer des personnes susceptibles d’être de bons sujets pour les entrevues, veuillez suivre les liens à la page suivante :

http://projects.chass.utoronto.ca/ngn/HLVC/

 

À tantôt,

– Michael Iannozzi, et le Musée canadien des langues

Un merci sincère à Floriane Letourneux pour son aide en traduction

(Si vous avez des suggestions de sujets pour les messages à venir, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : canlangmuseum@gmail.com)

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