Technologie des langues

La technologie au service des langues menacées d’extinction

Cet été, j’ai entrepris la première étape vers ce qui est, je pense, un objectif admirable et réalisable : rehausser le profil d’une langue menacée d’extinction. Dans cet article, je vais expliquer le logiciel, les programmes et les sites web existants que j’ai essayé d’utiliser pour y arriver. La réussite de mon projet se trouve dans l’avenir mais j’espère que je peux au moins réussir à expliquer ces programmes dans le programme. La langue que je cherche à promouvoir est le faetar, une langue de moins de 1000 locuteurs, et dont une large proportion de la communauté a quitté le sud-ouest de l’Italie pour émigrer au Canada après la seconde guerre mondiale. Mon objectif de sensibilisation au faetar est  double : d’une part, il s’agit d’une langue minoritaire ici, à Toronto, qui risque de disparaitre ; égoïstement, je voulais apprendre à utiliser ces programmes pour pouvoir contribuer aux efforts de documentation et de reviviscence d’autres langues à l’avenir. D’autre part, l’accroissement de l’inter-connectivité et l’usage des technologies dans le monde occidental sont souvent considérés comme des défis de taille  pour les langues en voie de disparition mais je crois fermement que ces facteurs peuvent justement être utilisés pour préserver et promouvoir ces langues d’une manière qui était encore impossible il y a seulement dix ans.

Wikipédia : La première étape pour n’importe quel projet de sensibilisation est de créer une page Wikipédia. C’est une phrase assez remarquable quand on y pense. Mais dans le monde d’aujourd’hui, si ce n’est pas sur Wikipédia, c’est que ça n’existe pas. Ecrire un article sur Wikipédia est beaucoup plus simple que ce que j’avais pensé. Ouvrez tout simplement un compte, cliquez sur « sandbox » et vous pouvez écrire votre article tout de suite. La partie la plus difficile pour un profane, ce que j’étais et suis toujours, est le codage et le formatage nécessaires à un bon article Wikipédia. Je ne sais pas comment coder mais j’ai réussi à créer des sections et des sous-sections ; j’ai même intégré une de ces élégantes illustrations à ramifications que l’on peut trouver sur la page de n’importe quelle langue et qui montre la famille linguistique de la langue en question. Tout ce processus prend du temps, mais les sections « aide » et les forums mêmes de Wikipédia le rendent beaucoup plus gérable. Une fois la page prête, regardez l’aperçu et, si vous l’aimez, soumettez l’article pour relecture. Wikipédia est un site plutôt populaire si bien que lorsque j’ai soumis mon article, on m’a dit qu’il y avait 2 637 autres articles en attente de relecture avant le mien. Si vous ne faites qu’alimenter une page déjà existante, cela va bien plus vite mais quand il s’agit de créer une nouvelle page, le processus de révision prend du temps. La récompense pour votre patience est que, selon les lois d’Internet, votre cause existe puisqu’elle existe dorénavant sur Wikipédia.

Memrise, Quizlet, Anki, etc.: Tout le monde, il me semble, peut et devrait utiliser ces sites. Ceux-là, et d’autres, proposent une version moderne de l’apprentissage du type carte de support visuel (« flashcard »), sauf que les cartes sont numériques. Le paquet de cartes numériques est ainsi immédiatement disponible pour tous, mais aussi transportable et bien plus personnalisable que les cartes en papier. Les avantages sont nombreux. D’abord, vous pouvez trouver à peu près n’importe quel sujet, du dialecte dorien (une variété de l’écossais) au système syllabique cri d’une tribu algonquine (système d’écriture utilisé au lieu d’un alphabet), en passant par tous les drapeaux du monde (ce n’est pas très linguistique comme exemple mais c’est quand même un truc cool à savoir). Tout ce qu’il faut faire avec ces sites web, c’est seulement de créer un compte, ou alors de le relier à votre compte Facebook ; vous pourrez ensuite choisir vos cours, et votre progression sera même suivie quel que soit le lieu où vous vous connectez. L’utilité est qu’avec un simple tableur rempli de mots et de traductions, vous pouvez télécharger et créer votre propre cours sur n’importe quel sujet ou n’importe quelle langue. Créer un cours est très simple. Si vous le faites dans votre langue de préférence, n’importe qui à travers le monde peut s’y mettre et ainsi apprendre le vocabulaire, les phrases et expressions que vous aurez entrés dans le système. Quizlet et Anki sont plus basiques, mais tous ces trois sites vous permettent d’inclure des supports audio-visuels : un enregistrement audio des mots ou des phrases que vous voulez enseigner mais aussi une photo si bien que, lorsque vous essaierez d’apprendre le mot « arbre » dans la langue crie, vous pourrez entendre le mot, le voir écrit accompagné d’une image.

FLEX, Webonary : On rentre ici dans un domaine plus technique, mais je vais faire de mon mieux pour vous éclairer. FLEX est un programme qui vous aide à créer un dictionnaire pour une langue alors que vous êtes encore sur le terrain en train de collecter des informations. Cela permet d’ajouter des mots tous en même temps ou un à la fois ; l’utilisateur peut ajouter autant d’informations sur le lexique  qu’il le désire. Mon but cet été était de reformater une liste de mots que j’avais créée pour le faetar sous forme de tableur, en un dictionnaire très basique et ainsi de rendre cette liste plus accessible. Pour cela, le but était de créer un Webonary (un web-dictionnaire), qui vous permet d’avoir votre propre site consacré à une langue, menacée d’extinction, de votre choix. J’ai fait une demande de page pour le faetar, et, en trois jours, on m’a donné les informations nécessaires pour me connecter et créer mon site hébergé sur Webonary. Il est très simple d’assembler et de personnaliser la page ; cependant, les mots doivent être téléchargés à travers le logiciel FLEX qui permet d’ajouter une quantité immense de détails pour un seul mot. Par exemple, vous pouvez mettre la catégorie grammaticale du mot, une phrase-exemple, la prononciation, une courte traduction, et bien plus encore. Pour garder toutes ces sections organisées, Webonary demande à ce que les mots soient ajoutés à partir de FLEX. Le résultat final est que la langue menacée d’extinction a maintenant son propre site web ; l’utilisateur peut personnaliser les pages du site pour contenir toutes les informations souhaitées : une introduction, des liens vers d’autres sites relatifs à la langue, etc. Toute cette personnalisation ne nécessite aucun formatage ou codage, mais un simple système de clics et de frappe, ce qui rend les choses très faciles.

Mukurtu et autres sites d’archivage : Mukurtu, et les sites similaires, permettent aux communautés d’archiver des informations culturellement significatives et sensibles. Mukurtu est encore en train de tester sa version beta mais, en l’utilisant cet été, je l’ai trouvé efficace et facile à utiliser. Il permet aux utilisateurs de télécharger sur une sous-page linguistique, toute information : chansons, images, articles, enregistrements d’entretiens. Ce qui met Mukurtu à part de beaucoup d’autres sites d’archivage communautaires, c’est que, pour une série entière de pages, ou pour des pages individuelles, ou même pour une seule chanson, différents niveaux de sécurité et de protection peuvent être choisis. Cette caractéristique se base sur l’idée que l’on se fait a priori du public qui, traditionnellement, peut ou devrait avoir accès aux informations culturelles et à quelles informations culturelles. Selon la culture et la langue en question, vous pouvez prédéterminer que certaines chansons sont destinées seulement aux femmes ou bien seulement aux personnes âgées, ou bien qu’elles ne devraient pas être accessibles en dehors du territoire d’origine de la langue. Par exemple, lors d’un enregistrement, une chanteuse d’une région de l’Alaska a déclaré juste avant le début de sa chanson : « cette chanson ne devrait pas être entendue en dehors de cette communauté ». Grâce à Mukurtu, ces souhaits peuvent être entendus et respectés : différentes pages sont ainsi accessibles à différentes personnes.

J’espère avoir pu montrer qu’il existe beaucoup de sites web et de programmes disponibles à tous ceux qui voudraient en apprendre davantage sur la documentation et la reviviscence linguistiques. Je sais qu’il en existe bien plus, ceux que je n’ai pas pu mentionner ou ceux dont je n’ai pas encore entendu parler ; mais le message général d’aujourd’hui était d’explorer les moyens numériques mis à la disposition des locuteurs de toutes langues. Je promets que si j’ai pu découvrir tous ces sites au cours d’un seul été, je parierais volontiers que vous le pouvez aussi ! Même si aucun de ces programmes ne semble s’appliquer à votre travail, jetez-y quand même un coup d’œil !  Au moins, vous vous retrouverez peut-être à apprendre les bases du gascon ou bien, à différencier les herbes fraiches par leur apparence grâce à des cartes mémoires.

 

Prenez soin de vous hein,

– Michael Iannozzi, et toute l’équipe du Musée Canadien des Langues

(Merci bien de l’aide de Floriane Letourneux avec la traduction)

(Si vous avez des idées de sujet pour les messages futurs, veuillez écrire à canlangmuseum@gmail.com)

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